mercredi 28 mai 2008

Shoot'em up.



J'ai un peu renoncé à compter le nombre de concerts où mes modestes activités de plumitif (plus que critique, on reviendra un jour sur cette différence essentielle à mes yeux) m'amènent depuis maintenant une année. J'adore la musique au moment de son incarnation physique, de cette plongée dans le son, mais j'ai parfois le sentiment étrange (dont je tente de me débarrasser aussi sec) d'être le chef de gare blasé qui voit défiler les groupes, l'énième sensation du moment, de la semaine, du mois, de l'année, les bons et les beaucoup moins bons, qui joue à l'Ecole des Fans avec des pancartes à note planquées dans le dos. J'ai connu quelques phases de débranchage, mais l'amour du challenge, pour citer Raymond Domenech ou Midi Olympique, me pousse encore et toujours à m'extirper de ma bulle pour refaire un saut dans le circuit rock de Paris.

Ce préambule maladroit j'en conviens pour raconter la chose suivante (jingle anecdote siouplaît) : j'aperçois à chaque fois, ça ne loupe jamais, un escogriffe invariablement looké treillis noir + verres fumés + cheveux longs crépus rasés sur le devant, ce qui lui donnerait des airs de barbouze (maigre), ne serait-ce l'énorme boîtier qu'il a en main. Cet homme appartient à l'espèce des photographes rock. Je me souviens d'avoir cherché et trouvé son nom et donc sa page Myspace, il se présente comme développeur informatique dans le civil et photographe par passion, maniant l'argentique comme d'autres leur viatique, shootant éternellement la même grimace, la même posture, les mêmes ombres, la même manière de tenir le micro, les mêmes expressions rock, donc.

Pour l'avoir croisé également dans des concerts moins avouables où je passais par hasard, j'en ai déduit que ce personnage nocturne, toujours discret et prompt à bondir comme un chat post-gothique pour saisir L'instant, Le moment, La fraction de seconde décisive, avait paradoxalement renoncé à la musique pour concentrer toutes ses forces sur la peau et les yeux des musiciens. Cet homme, voyez-vous, est en quête de L'esprit rock, et c'est assez émouvant (ou d'un ridicule achevé, c'est selon), de vérifier cette foi indéboulonnable chez certains qui sacrifieraient tout pour Lui.

Je me souviens maintenant de son nom, mais je le tairai ici, laissant le soin aux hypothétiques lecteurs de ce billet de chercher la silhouette longiligne de ce mystérieux photographe.

dimanche 25 mai 2008

Forêt de Fontainebleau.

Train Bleu. Proust. Complot. Route des femmes. Croisée des chemins. Plume. Mioche. Café élu le plus sportif de 2004 par l'Equipe. Crachin briochin. Abandon et Histoire.




mercredi 21 mai 2008

mardi 20 mai 2008

Se trémousser sauvagement.

Un livre vient de sortir au tour du travail de l'artiste britannique Phil Collins (évidemment rien à voir avec le chanteur/batteur), qui creuse la notion de fan et l'impact sociologique de la pop music à travers le monde. Après avoir déchiqueté Britney Spears dans une installation il y a quelques années, il est revenu avec un projet autour des Smiths, groupe britannique par excellence mais qui parvient encore et toujours à toucher à travers le monde les sensibilités les plus diverses. Voici mon petit papier écrit en 2006 pour les Inrocks (et repris dans le hors série consacré à Morrissey).

A Londres, la Photographers’ Gallery présente Dünya Dinlemiyor, une installation vidéo du jeune artiste britannique Phil Collins ( ! ) - déjà connu pour son travail de questionnement de la culture pop (Britney Spears et la disco) et sa signification dans des régions du monde meurtries par les conflits (Palestine). L’artiste a initié en 2005 un projet de trilogie vidéo autour de la compilation The World Won’t Listen (1987). Après El Mundo No Escuchara, tourné en Colombie, voici le deuxième volet capté l’été dernier à l’occasion de la 9ème Biennale d’Istanbul. Phil Collins a convié les fans locaux des Smiths à venir chanter leur morceau favori devant son objectif - fixe - sur fond de photos touristiques du meilleur effet. Le résultat : 55 minutes d’un improbable karaoké tour à tour hilarant, fascinant ou émouvant, qui illustre là aussi la permanence du phénomène d’identification. On pourrait réduire le projet à une parodie des castings de télé réalité mais les moments les plus forts sont ceux où ces jeunes turcs s’approprient les textes de Morrissey pour en restituer à leur façon toute la profondeur et l’ironie. Le segment le plus étrange reste pourtant cette pantomime très sérieuse d’un type maigre, vêtu d’un Tshirt de Kafka, qui gigote de manière désespérée - face caméra - sur le splendide instrumental Oscillate Widly. Le dernier volet de la trilogie est prévu à Djakarta.



lundi 19 mai 2008

Islande 1.

Reprenons. Quelques déplacements depuis un mois (Cantal, Islande, St Brieuc), beaucoup d'images en stocks, à éparpiller façon puzzle. Commençons par une première série islandaise, qui tourne autour de ce petit voyage à Reyjkavik (préparation plus ou moins fructueuse du festival Air d'Islande). Des rencontres, du froid, de l'écharpe, des petits détails, une lumière, des sourires, des Vikings (la bière locale), une eau, des petites rues aux immeubles bas, une virée entre geyser et chûtes d'eau colossales, un arrêt soupe pour arrêter le vent.



















dimanche 27 avril 2008

Tortue.



Lu sur Boingboing.net : Jim Lee, un journaliste passionné par les tortues et les bambous ( ! ) a construit un petit appareillage pour permettre à une tortue handicapée de se mouvoir en toute autonomie. Je ne sais pas pourquoi mais je trouve ça assez poétique, peut-être l'idée de croiser un jour ce petit animal roulant pépère sur ses roues toutes neuves. Les tortues convoquent immédiatement un passé préhistorique qu'on a tendance à oublier, elles nous relient à ce que nous étions...


Little Bit, a young Eastern Box Turtle was hit by a car in September of 2000. Her shell was crushed and she was left partially paralyzed. There was no way she would ever be released to the wild as happens with most successful rehabs. I repaired her shell using velcro strips epoxied to anchor points on her carapace. After some weeks Little Bit seemed to have made a full recovery except for the use of her hind legs. So some wheels seemed to be the way to go. Some lightweight model airplane wheels on a wire frame did the trick. The removable wheels were secured by a velcro strip epoxied to her plastron. The velcro strips on the carapace were removed after four months. She was eating, drinking, and exploring all the rooms of my house. Eventually she was able to move around outside as well. She lived until early in 2002 when she died unexpectedly (and suddenly). After all she had been through I did not have the heart to order any kind of post mortem from the local vet school. I simply said goodbye and thanked her for what she had shared with me and others who met her.

lundi 21 avril 2008

200 000 livres !

Article de Noam Cohen, paru dans le New York Times du 14 avril (et reproduit dans le supplément hebdomadaire du Monde de ce week-end). Où il est question d'une nouvelle méthode de fabrication des livres, assez édifiante ou effrayante, c'est selon. Ecrire un livre ? Un jeu d'enfant, vous copiez-collez à partir de vos recherches internet, vous compilez à la va-vite, vous enrobez le tout d'un sommaire et d'un titre accrocheur, et le tour est joué... C'est cette méthode bête comme chou qu'a adoptée un certain Philip M. Parker, professeur de management dans le civil et qui systématise ce tour de passe-passe (battant au passage le record de référencement d'ouvrages publiés), plutôt dans le domaine scientifique. Poètes et zélateurs de la paresse et de la flânerie s'abstenir...

It’s not easy to write a book. First you have to pick a title. And then there is the table of contents. If you want the book to be categorized, either by a bookseller or a library, it has to be assigned a unique numerical code, like an ISBN, for International Standard Book Number. There have to be proper margins. Finally, there’s the back cover.

Philip Parker is now turning his efforts to video.

Oh, and there is all that stuff in the middle, too. The writing.

Philip M. Parker seems to have licked that problem. Mr. Parker has generated more than 200,000 books, as an advanced search on Amazon.com under his publishing company shows, making him, in his own words, “the most published author in the history of the planet.” And he makes money doing it.

Among the books published under his name are “The Official Patient’s Sourcebook on Acne Rosacea” ($24.95 and 168 pages long); “Stickler Syndrome: A Bibliography and Dictionary for Physicians, Patients and Genome Researchers” ($28.95 for 126 pages); and “The 2007-2012 Outlook for Tufted Washable Scatter Rugs, Bathmats and Sets That Measure 6-Feet by 9-Feet or Smaller in India” ($495 for 144 pages).

But these are not conventional books, and it is perhaps more accurate to call Mr. Parker a compiler than an author. Mr. Parker, who is also the chaired professor of management science at Insead (a business school with campuses in Fontainebleau, France, and Singapore), has developed computer algorithms that collect publicly available information on a subject — broad or obscure — and, aided by his 60 to 70 computers and six or seven programmers, he turns the results into books in a range of genres, many of them in the range of 150 pages and printed only when a customer buys one.

If this sounds like cheating to the layman’s ear, it does not to Mr. Parker, who holds some provocative — and apparently profitable — ideas on what constitutes a book. While the most popular of his books may sell hundreds of copies, he said, many have sales in the dozens, often to medical libraries collecting nearly everything he produces. He has extended his technique to crossword puzzles, rudimentary poetry and even to scripts for animated game shows.

And he is laying the groundwork for romance novels generated by new algorithms. “I’ve already set it up,” he said. “There are only so many body parts.”

Perusing a work like the outlook for bathmat sales in India, a reader would be hard pressed to find an actual sentence that was “written” by the computer. If you were to open a book, you would find a title page, a detailed table of contents, and many, many pages of graphics with introductory boilerplate that is adjusted for the content and genre.

While nothing announces that Mr. Parker’s books are computer generated, one reader, David Pascoe, seemed close to figuring it out himself, based on his comments to Amazon in 2004. Reviewing a guide to rosacea, a skin disorder, Mr. Pascoe, who is from Perth, Australia, complained: “The book is more of a template for ‘generic health researching’ than anything specific to rosacea. The information is of such a generic level that a sourcebook on the next medical topic is just a search and replace away.”

When told via e-mail that his suspicion was correct, Mr. Pascoe wrote back, “I guess it makes sense now as to why the book was so awful and frustrating.”Mr. Parker was willing to concede much of what Mr. Pascoe argued. “If you are good at the Internet, this book is useless,” he said, adding that Mr. Pascoe simply should not have bought it. But, Mr. Parker said, there are people who aren’t Internet savvy who have found these guides useful.

It is the idea of automating difficult or boring work that led Mr. Parker to become involved. Comparing himself to a distant disciple of Henry Ford, he said he was “deconstructing the process of getting books into people’s hands; every single step we could think of, we automated.”

He added: “My goal isn’t to have the computer write sentences, but to do the repetitive tasks that are too costly to do otherwise.”

In an interview from his home in San Diego and his offices nearby, Mr. Parker described his motivation as providing content that the marketplace has otherwise neglected for lack of an audience. That can mean a relatively obscure language is involved, or a relatively obscure disease or a relatively obscure product.

Take, for example, the study of bathmats in India. “Only one person in the world may be interested in that,” he conceded, “probably a strategic planner for a multinational that makes those.” But he points out that once he has trained the computer to take data about past sales and make complex calculations to project future sales, each new book costs him about 12 cents in electricity. Since these books are print-on-demand or delivered electronically, he is ahead after the first sale, he said.

His company, the Icon Group International, is the long tail of the bell curve come to life — generating significant total sales by adding up tens of thousands of what might be called worst sellers. For example, a search at the Galter Health Sciences Library of the Feinberg School of Medicine at Northwestern University found half a dozen Icon books, mainly in the library for patients and their families.

Icon is “a very innovative and interesting example of print on demand,” said Kurt Beidler, a senior manager at Amazon.com who runs the publishers’ services for BookSurge, Amazon’s print-on-demand company. “A lot of examples of print on demand take older books and bring them back — really acting as a supply-chain tool. In this kind of business, it’s a new business, using this capability to introduce new material to customers.”

Mr. Parker compares his methods to those of a traditional publisher, but with the computer simply performing some of the scut work. In an explanatory YouTube video, Mr. Parker shows a book being created. The computer is given an assignment — project the latent demand for antipsychotic drugs around the world, based on the sales figures in the United States.

“Using a little bit of artificial intelligence, a computer program has been created that mimics the thought process of someone who would be responsible for doing such a study,” Mr. Parker says. “But rather than taking many months to do the study. the computer accomplishes this in about 13 minutes.”

An editor picks the years to be covered, but the computer picks the optimum model for extrapolating sales in various countries, and in alphabetical order produces a chart for each country. “It will then open a Word document and export the information into Word just like a real author would out of their minds, so to speak, or spreadsheets,” he says.

Artificial intelligence researchers say computers are far from being what the general public would consider authors.

“There is a continuous spectrum, also known as a slippery slope, between a program that automatically typesets a telephone directory and a program that generates English texts at the level of variety you would expect from a typical human English speaker,” said Chung-chieh Shan, an assistant professor in the computer science department of Rutgers. “The former program is easy to write, the latter program is very difficult; in fact, the holy grail of linguistics. Like Mad-Libs, Parker’s programs probably lie somewhere between the two ends of this spectrum.”

Mr. Parker has lately taken to lighter fare intended to educate. He said he had invested “up to seven figures into the animation business” for word-based video games and animated game shows that will teach English to non-English speakers. YouTube has many examples of these games, which have computer- generated scripts.

A low-tech version of those games are the thousands of crossword puzzle books Mr. Parker has made in about 20 languages. The clues are in a foreign language and the answers are in English. The computer designs the puzzles and ensures that the words become harder as one progresses.

As part of his love of words, and dictionaries in all languages, Mr. Parker said he has taken to having his computers create acrostic poems — where the first letter of a series of words spells a synonym of those words, often to ironic effect.

Of course, one of the difficulties of generating a hundred thousand poems is stepping back and assessing their quality.

“Do you think one of them is Shakespeare?” he was asked.

“No,” he said. “Only because I haven’t done sonnets yet.”

vendredi 11 avril 2008

Le fil d'avril.



Relevée sur le site de la Blogothèque, l'existence du joli site muxtape.com m'a incité à passer des compilations CD à des compilations en streaming bénéficiant d'une interface très pure, en forme de gros clin d'oeil au revival K7 et utilisable par tout le monde ! Uploader des morceaux est un jeu d'enfant et il doit y avoir en prime tout un tas de customisations que je ne soupçonne pas encore.
Voici donc, roulement de tambour, ma première compilation muxtape.

Durée : 48'48

jeudi 10 avril 2008

Icelandic tunes #1.

Voyage mental et musical en Islande, ces jours-ci, pour la préparation d'Air d'Islande, un projet qui devrait voir le jour en septembre à Paris, si tout se déroule comme nous le souhaitons. Immersion dans des tonnes de musiques de Reyjavik, qui concentre 80% de la population de l'île. Alors évidemment, on retrouve le même schéma qu'à peu près partout, la duplication parfois scolaire, parfois incarnée, des principaux groupes anglo-saxons du moment ou de la décennie. J'ai ainsi écouté des Arcade Fire polaires (le rock dit expressionniste continue ses ravages) qui parviennent malgré tout à de jolis moments lorsqu'ils oublient la pesante références aux montréalais : Hjalatalin.
Bien aimé aussi Mordingjarnir, trio qui reprend les choses là où les Dead Kennedys les avaient laissé, rock très dur, bourré de syncopes et de chants primitifs, et qui doit être épatant sur une scène, si j'en juge par les videos glanées de ci-de là. La chanson "Airwaves" est un rigolo name-dropping de groupes islandais.
Très bluffé par Kimono, un trio qui a déjà pas mal bourlingué. Si on poursuit le jeu des comparaisons (après tout, qui invente des formes en musique populaire, de nos jours, dans les meilleurs cas, ce ne sont que des variations jubilatoires sur des clés déjà existantes : l'invention pure se situe dans la musique expérimentale, avec le côté R&D parfois abscons que cela implique), Kimono serait un croisement de Battles et de groupes plus bavards, guitaristiquement parlant. J'écoute pour la troisième fois "Aftermath", et je me plonge dans ces entrelacs de guitares jamais lourdes ou virtuoses. Une sorte de tube de "math-rock", comme ils disent.
Mais la confirmation de la journée, avant d'aller plus loin, est la liberté qui se dégage de Trabant, un groupe électro-pop, disons, bénéficiant d'un chanteur à la Bon Scott, pas moins.

mardi 8 avril 2008

Archives poptronic.fr 3 : Sébastien Tellier



< 10'03'08 >
Sébastien Tellier en Mister France à l’Eurovision

La nouvelle est tombée ce week-end, juste avant de sortir acheter le kit de survie sushi/bières pour un plateau télé devant les Victoires de la musique. Non, ce n’est pas le désormais célèbre conseil d’André Manoukian à l’attention d’une candidate coinços de la Nouvelle Star (« tu devrais chanter avec ton anus ») mais bel et bien la participation de Sébastien Tellier au prochain concours de l’Eurovision de la chanson, qui se déroulera le 24 mai à Belgrade. Etonnant ? A priori, rien de commun entre ce radio-crochet communautaire pour lumpen-chanteurs variétoches cruellement (et paradoxalement) ringardisés par la télé-réalité, et Tellier, cet étrange personnage siglé « underground », dont le récent album « Sexuality » reçoit ce mois-ci plus de retombées médiatiques qu’un quatrain présidentiel.

« La ritournelle », extrait de « Politics » en 2004, était certes un évident moment de grâce et d’écriture, très aérien mais déjà solidement marketé « french touch ». Critiques à genoux, participation à la BO de « Marie-Antoinette », Tellier se forge dès lors une réputation de petit maître de la tribu underground et de nouveau Christophe... Inutile d’insister sur la paresse d’une telle comparaison, comme si la critique à l’évidence maraboutée était incapable d’émettre la moindre réserve sur les compositions du joyeux barbu. Et son nouvel album, « Sexuality », délibérement cul, serait l’intouchable incarnation d’un avenir de la variété française pas débile car bardée de références et d’ironie sur elle-même.

Il faut doublement se pincer donc : sur onze morceaux, et à deux trois fulgurances près, dont le néo-post-disco « Sexual Sportwear », ou l’étonnant « Dis-moi ce que tu penses », « Sexuality » traîne sa misère mélodique, son recyclage cheap des productions variété française 70/80’s (on pense davantage aux eaux tièdes de Voulzy et Yves Simon qu’aux mystères du « Beau Bizarre »). Quant à la production, confiée à une moitié de Daft Punk, elle est si indigente qu’on flaire l’entourloupe promotionnelle. Certes l’Eurovision, à la recherche d’un nouveau souffle, parie sur les freaks et le kitsch (sexuel et musical si possible, avec Fogiel et Dave préposés aux commentaires so trash baby). Objectivement, Tellier a toutes ses chances de succéder à Marie Myriam avec ce titre, « Divine » (le plus mauvais de l’album), tant ce désagréable goût pour la dissimulation a déjà réussi à duper son monde...

dimanche 6 avril 2008

Super ?

Maison des Arts de Créteil, hier soir (fin du festival Exit : Dalbin vs DFA, c'est DFA qui a gagné...).




samedi 5 avril 2008

J'aime pas la chanson française !

Je m'étrangle de rire chaque fois que je feuillette ce petit bouquin de Luz, qui pointe les ridicules de nos chers chanteurs français, Biolay et Delerme en tête. Fan-itude, star-itude, textes indigents, poésie du quotidien, regards humides remplis de bonne conscience sociale (cf Benabar) tout de même bien frelatée, la liste des maux est longue, tant les chanteurs d'ici manquent de l'ironie et de la musicalité propres aux anglo-saxons. Si j'y repense deux secondes, je n'en ai écouté attentivement, à différentes étapes de ma vie d'auditeur glouton, qu'une petite dizaine (et je ne parle pas de la tendance "alter"-accordéon-picon bière, que j'ai toujours fuie avec beaucoup de précautions) : Jean Bart (a-t'il disparu ?), les premiers Katerine, Matthieu Boggaerts, Miossec et Dominique A (maintenant j'ai du mal), les Bashung et Murat fin 90s, Noir Désir quand j'étais en seconde, Superflu quand ils se décident à publier un album - là j'avoue que je dois me concentrer pour en trouver d'autres, heu, flûte, Camille non merci, même si elle semble plutôt sympathique, Thomas Dutronc, non je rigole, donc je dois évoquer Fréhel et ses camarades 30/40s (cf "La maman et la putain"), que j'aime beaucoup mais qui n'ont certes pas d'actu brûlante...

Ce préambule pour souligner que je n'attendais pas grand chose de la prestation de Constance Verluca, mercredi soir dans une Flèche d'or clairsemée. Fille qui possède de l'aplomb, du cran et du charme, une voix assurée capable de jolies modulations, et qui écrit et interprète des textes à la fois acides ("vive le chocolat, l'héroïne et la vodka"), doucement corrosifs ("tu es laide, je suis jolie, tu es glauque, je suis sexy") sans être dépourvus de cette espèce de mélancolie propre aux chanteurs d'ici (tendance cinéma français dit "d'appart"). Joli moment, un peu à part.
L'album s'appelle "Adieu Pony", il est tout à fait conseillé.

Constance Verluca - "C'est faux" :

vendredi 4 avril 2008

Nuée d'Atom.



Journées coulissantes, où le palpitant palpite, les vies glissent et co-existent. Jongler entre articles, recherches et lectures (L'art de marcher, de Rebecca Solnit), avancer sur les affaires aixoises (Seconde Nature, les 6 & 7 juin), lutter contre les nuits phosphorescentes, tenter de vivre malgré tout, aimer les nouvelles têtes sans négliger les anciennes, se reprendre, parfois, après quelque abandon. Et ce soir : choc, stupeur, émoi et moi, plongée dans une nuée filante, des traits de lumière qui déchirent la pénombre, comme mus par des sons métronomiques qui affleurent la mélodie, l'envoient valdinguer pour mieux l'étreindre. Ce soir, j'ai assisté de toutes mes forces, parfois stupéfait par cette beauté immédiate, à la performance Atom, de Monolake et Christopher Bauder (grande salle de Beaubourg, à même le plateau). 64 ballons luminescents dirigés au moyen de filins très discrets, réagissant aux pulsions sonores de Monolake (dont j'écoute en boucle l'album de 2005, Poygon Cities, et que je retrouverai à Aix en juin). 60 minutes d'apnée esthétique, d'abandon absolu, une joie comparable à celle des premiers spectateurs du cinéma, le sentiment d'assister à un pur moment de beauté, très douce malgré l'appareillage technologique déployé. Les lives audiovisuels passés et futurs vont paraître bien pâlichons après ce coup d'éclat. J'en suis sorti brisé de fatigue et totalement repu.

mercredi 2 avril 2008

Hurleurs ! !

Je rentre du "concert" des Hurleurs du Oulu, une chorale finlandaise de choc, très drôle (festival Exit, à Créteil). Une grosse vingtaine de gaillards sapés comme des as, chaussures lustrées, qui ont vociféré pendant trois quart d'heure divers hymnes nationaux et quelques comptines du pays. J'en ai encore mal aux oreilles :



lundi 31 mars 2008

Les vies d'Alain Cavalier.


Je viens à peine de commencer l’écoute et la transcription, forcément un peu laborieuse quand on tape comme moi avec des moufles, de l’interview d’Alain Cavalier : Christian Guinot m’a fait l'amitié de me demander de l’accompagner, un beau jour de février dernier, pour poser quelques questions à ce vieux monsieur dont le film « Lieux Saints » était sélectionné dans la compétition nationale du festival du court métrage de Clermont-Ferrand. Je me souviens bien de ce moment, j’avais peu dormi (les bringues du festival de Clermont sont réputées…), j’étais patraque et assez pétrifié à l’idée de parler à Cavalier, dont je connais et apprécie le travail sans en être pour autant un fin exégète. J’avais bien un souvenir de « Thérèse », la pâleur extraordinairement expressive de Catherine Mouchet, et quelques images, comme ça, de son journal filmé, diffusé tard un soir sur Arte, quand je vivais encore en Auvergne.

Mais j’avais surtout en mémoire ce moment très joli où Cavalier fut l’invité de France Culture, il y a quelques années, dans l’émission « Tout arrive » (pas la version d’Arnaud Laporte, un peu trop « club du bon goût pour ceux qui savent », mais celle d’avant). Cavalier, dûment muni d’un micro HF, était parti à l’assaut de la Maison de la radio, ronde comme on le sait, et s’était attaché à décrire les images qu’il avait devant les yeux, à la manière de ses films récents, de cette inimitable voix grave et travaillée par les années, au phrasé et à la syntaxe parfaits. Je me souviens de sa description des immeubles de Beaugrenelle, accusés d'être des imitation bien pâles de Manhattan, je me souviens avoir repensé aux mots de Cavalier en regardant le film "Dans Paris" de Christophe Honoré (qui se déroule dans ce quartier de l'Ouest parisien), je me souviens des coupures techniques et de Jean Lebrun (était-ce bien Jean Lebrun ?) qui devait meubler ces coupures tandis que Cavalier semblait voler au-dessus des baies vitrées qui enserrent la Maison de la radio.

Moment de vraie poésie, de légèreté et d’ironie sans y toucher, que j’ai retrouvé retrouvées récemment à la Cinémathèque, en assistant à un « cours » de Jean Douchet, cours qui tournait autour du film « Vies » (2000). Quatre parties, quatre métiers, quatre vies, quatre récits. Le premier évoquait la dernière journée de travail d’un chirurgien des yeux, visiblement ami du cinéaste, tranche de vie et de petits moments délicats. Le deuxième était un portrait d’un artiste farfelu (nom à retrouver), qui puise les sujets de ses sculptures absurdes dans les à-côtés de l’Histoire, le troisième l’autoportrait zippé d’un boucher, qui décrit les grandes étapes de sa vie avec aplomb, sans ciller, tout en semblant s’excuser.

Le quatrième, enfin, nous faisait pénétrer dans une vaste maison perdue dans les bois, où Orson Welles, devenu énorme, avait fomenté ses derniers projets, en vain comme on le sait. Dans ces quatres mini-épisodes, se dégage une constante : la force du hors-champ, de la voix, des regards en direction du cinéaste, qui jamais ne dissimule son dispositif, voire en joue. J’essaierai de revenir en détail sur l’effet qu’a suscité ce film, très bien décortiqué par un Douchet en roues-libres et de décrire ce moment exquis de l’entretien avec Cavalier, que je vais continuer à retranscrire, avec mes moufles...

dimanche 30 mars 2008

Pour Louise Bourgeois.


L'expo Louise Bourgeois (au Centre Pompidou jusqu'au 2 juin) connaît visiblement des records d'affluence, comme si l'on venait à peine de réaliser l'importance de cette artiste maintenant très âgée et qui a tant à voir avec Duchamp (pour ce goût de l'indépendance jalousement préservée) et qui n'a surtout pas dit son dernier mot. Voir et revoir (en dépit d'une scénographie faiblarde et l'impression que les oeuvres ont été entassées à la va vite) les objets, les sculptures, les dispositifs de Louise, c'est accepter de se confronter à son propre passé, de relier cette exploration douloureuse/troublante/violente d'un inconscient familial au sien, de tenter de recoller des morceaux épars. C'est accepter de revoir des massacres et des fantômes ("La destruction du père", l'une de ses pièces les plus bouleversantes, fut expulsée suite au décès du père de Louise, une oeuvre-cathartique immense), c'est se noyer dans les vestiges de gestes d'une femme libre mais qui n'a jamais rien revendiqué. C'est aussi accepter un art violemment sexué, qui explore les corps pour mieux les envisager et peut-être, au final, se réconcilier avec eux.

Elisabeth Lebovici rappelle sur son blog la projection, dans le cadre de cette exposition, d'un documentaire sur Louise Bourgeois (signé Brigitte Cornand) les lundi 5 mai, jeudi 22 mai et vendredi 30 mai à 18h au Cinéma 2 du Centre Pompidou.



samedi 29 mars 2008

Archives poptronics.fr 2 : Cyprien Gaillard


< 27'03'08>
Un sacré Gaillard à Beaubourg

Cyprien Gaillard est ce soir l’invité du Centre Pompidou, dans le cadre des aventureuses soirées « Prospectif Cinéma ». Ce jeune Parisien, déjà connu des lecteurs de poptronics (expos à Vassivière et Marseille l’été dernier) voit sa cote grimper à toute berzingue depuis deux ans. De la jeune génération d’artistes « pluri » (disciplines, influences), il mêle son goût pour la performance, le land-art et un romantisme échevelé (« Real Remnants of Fictive Wars V », vidéo dans laquelle des fumées envahissent un jardin à la française), une attitude punk associée à une iconographie « rock » (Roy Orbison), le tout sur fond de fascination pour la « poétique des ruines » chère à Diderot.

Ces traces de bâtiments aussitôt recyclés ou effacés, Gaillard en fait le support d’un imaginaire très marqué par l’œuvre de Robert Smithson. Il envisage par exemple de reconstituer à l’identique un immeuble en ruines de Liverpool, pierre après pierre, projet fou au croisement du land art et d’une esthétique du vandalisme, que l’on retrouve dans « Deniansky Raion », l’œuvre qui l’a révélé l’an dernier : un triptyque vidéo de 30 minutes qui commence par cette scène d’ultra-violence ritualisée, suivie de la destruction in extenso d’une barre HLM puis d’une séquence aérienne (le survol d’immeubles formant un cercle très esthétique). Âmes sensibles...

Autre œuvre marquante : « The Lake Arches », où un ami de Gaillard plonge avec enthousiasme dans des eaux saumâtres encerclées de logements réalisés par Ricardo Bofill, avant de revenir à terre, le visage ensanglanté, comme un résumé de la posture de l’artiste... La projection de ces vidéos (bémol : elle ne sont guère adaptées à une salle de cinéma !) sera suivie d’une performance de Koudlam (imaginer un Suicide new wave et froid comme du ciment), très raccord avec l’univers de Gaillard.

Nuits de Fume.


S'emparer de la nuit pour exploiter son potentiel.
Traquer Exit et tenter le Hors Piste à Beaubourg.
Revoir Lemaître et se promettre d'enfoncer le clou.
Reculer devant les assauts de Koudlam (galerie LH), qui confond jour et sommeil, clarté et précipices, et ré-envisage Suicide avant de muer en hydre 2step synthétique. Se passionner pour les tigres qui ornent son Tshirt délavé.
Se rappeler qu'on a aimé cette musique de bitume accolée aux images de Cyprien Gaillard. Qu'on a vu vomir Koudlam de peur avant de fouler la scène du Théâtre du Jeu de Paume (Aix-en-Provence), somme toute épaté par une telle franchise.
Essuyer certains sourires alentours.
Réécouter avec une infinie nostalgie un live assassin d'AFX (Le Bourget 93), avant de sombrer dans le souvenir de soi-même.

Koudlam vs Gaillard (Exit 07) :