vendredi 16 janvier 2009

Metal hic



Hard-rock, le retour. Les Daft Punk avaient devancé la concurrence, comme d'habitude, en truffant leur house filtrée de bons vieux solos de guitare. C'était sur Human After All, en 2005, et on ne compte plus aujourd'hui les jeunes groupes flirtant avec le démon de nos années lycée, le hard-rock. Souvenirs souvenirs : alors que le feuilleton Pause Café Pause Tendresse battait des records d'audience, le hardos devait affronter le regard glacé du kid new-wave (le must du branchaga circa 85) souvent pris de fou rire devant l'uniforme jeans neige - bandana - poignet de force - baskets Americana (coupe mullet en option, ouf). En 2008 le syndrome Retour vers le futur fait rage : alors que les dinosaures ressurgissent (Guns'n'Roses, Metallica, AC/DC) et que les compétitions de Air Guitar remplissent les salles, le duo electro Justice opte pour un total look biker, MGMT recycle les plans hard-rock FM et les groupes britanniques branchés du moment exhument les synthés d'Europe. Que s'est-il passé ?

Nickki, un ancien hardos bientôt quadra, raconte : « L'autre jour, dans un square, j'ai repéré un gamin de 14 ou 15 ans, avec un chapeau, un cuir, les manches remontées jusqu'aux coudes et recouvert d'une veste débardeur en jean, avec des bracelets cloutés sur les avants-bras. Il frimait maladroitement au milieu d'un groupe de filles et garçons en jeans serrés... Je me suis revu, dans son look, son attitude, son regard. Au début des années 80, quelques grands événements pouvaient expliquer mon déguisement : l'épopée Trust, le phénomène AC/DC (plus populaires que branchés) puis la claque de 1983 (Kill 'Em All, le premier album de Metallica)... Je me demande quel est le groupe, la chanson, la mascotte, le disque d'aujourd'hui qui fait que je croise mon clone 25 ans plus tard. Peut-être n'est-ce qu'une mode justement, un accoutrement cool et dur, je ne sais pas... Ou peut-être qu'à l'époque il y avait Thatcher et Reagan... et qu'aujourd'hui Sarkozy réveille ce climat !». Va et vient générationnel, flash-back brutal, que connaît le hard-rock est symptomatique d'une époque un peu confuse, perdue entre la recherche d'elle-même et une nostalgie tenace.

Par un singulier effet de télescopage, on retrouve aujourd'hui les attributs hard-rock chez beaucoup de groupes rock ou electro branchés. L'histoire se répèterait-elle comme une farce ? Ce qui était à une époque le signe d'une tribu plutôt prolo, simple, à la recherche d'émotions musicales basiques (dérivées d'un amour pour le picon et le blues) se retrouve aujourd'hui porté au pinacle par Justice. Les héros du label Ed Banger ont conquis la planète entière (voir le DVD A Cross The Universe) à grands renforts de gimmick dérivés du hard-rock : nappes de claviers, effets de manche, attitude de mauvais garçons. Tout y est ou presque, de la moustache à la Lemmie (Motorhead) au perfecto, pour un résultat finalement proche d'Ozzie Osbourne (Black Sabbath) en plus propret et surtout sans les frasques, ou juste ce qu'il faut pour susciter le frisson chez les adolescentes. Ne parlons même pas de l'emblème scénique du duo, cette énorme croix à la signification ambiguë (clin d'œil au fan de Funeral doom metal qui sommeille en chacun de nous ?). Parmi les parrains putatifs du duo, il faut surtout citer Metallica et leur célèbre slogan « …And Justice For All », décliné en solide argument marketing pour la croisade des deux Parisiens.

Metallica est certainement le plus fascinant groupe de la planète hard-rock, qui a connu la gloire et le doute, le succès multiplatiné (plus de 100 millions d'albums vendus depuis ses débuts) et l'impasse artistique et humaine. Chez eux, le hard-rock (rock épais, prolongation monstrueuse du blues) mute en heavy métal (voire trash métal, selon les chapelles) : les rythmes sont trempés dans l'acier, les guitares en V enchaînent les solos à une vitesse infernale et l'imagerie est évidemment très sombre. Metallica, c'est du costaud, du rock de super-héros (notamment avec le Black Album de 1991) mais qui nous font le coup de la rédemption en 2005 avec le documentaire Some Kind Of Monster : on y voit les ogres mis à nus, en crise, englués dans un douloureuse thérapie de groupe et peinant à surmonter les dissensions accumulées avec le temps et le succès. Les héros tatoués sont en réalité des colosses aux pieds d'argile et l'identification turbine à plein régime, entre voyeurisme et nostalgie. En septembre 2008, Metallica publiait son neuvième album studio, Death Magnetic, qui reprend avec hargne les rênes du métal. Encore mieux : totalement lessivé il y a quelques années, le groupe connaîtra dans quelques semaines l'honneur suprême du jeu vidéo « Guitar Hero », qui permettra aux jeunes fans comme aux plus déplumés de rejouer note pour note les solos de Kirk Hammett (bon courage…).



Mais le come-back qui rassemble tout le monde, de l'esthète au rocker tatoués, c'est celui de AC/DC. Angus Young et son gang d'écoliers millésimés sont eux aussi revenus l'automne dernier, mettant fin à huit années de silence, avec l'efficace Black Ice. L'album était précédé du single « Rock'n'Roll Train », grand véhicule power-rock dont le clip est réalisé grâce à un … fichier Excel ! En novembre, AC/DC (qui signifie au choix « courant continu/alternatif » ou « à voile et à vapeur »), donnait en prélude de sa tournée mondiale un show maousse au Madison Square Garden. Effets pyrotechniques dignes des superproductions hollywoodiennes (un train en carton-pâte traverse la scène sur « Rock'n'Roll Train »), solos d'Angus perché à 15 m de hauteur : les sexas regagnent avec fracas leurs galons de maître des forges rock. Et mettent accessoirement une grosse tape dans le dos de tous leurs suiveurs qui les avaient enterrés un peu trop vite.

Après des années durant lesquelles les ordinateurs ont ringardisé les guitares et inversement, le rock et l'electro font aujourd'hui bon ménage au sein de la génération Ipod. Hard-rock et techno, grunge et culture hippie, le mode random fait des siennes et les groupes branchés d'aujourd'hui ont des allures de savants fous cool, qui empruntent sans vergogne à leurs aînés, en oubliant au passage de tuer le père. Les emprunteurs en chef de l'année sont les très médiatiques MGMT. Les Américains ont ainsi réussi le hold-up parfait, en dépoussiérant les foulards de maman et les chemises de papa pour commettre un rock FM strictement 70s qui mélange saillies hard et ambiances hippie. Bref, on mélange tout, et tant pis pour le rock, qui n'avance pas d'un iota.

On ne dira pas la même chose de la fort alerte scène britannique qui explosera véritablement cette année : Metronomy, Foals et Late Of The Pier ont en commun l'art de trousser des mélodies immédiates, très pop, et des les saloper fissa à coups de synthés vintage. Ces groupes sont revêtus bien entendu de l'attirail 80s de rigueur (blousons colorés près du corps, épaisses lunettes, figures géométriques collés un peu partout). Le hard-rock convoqué ici (mâtiné de Gary Numan) a plus à voir avec « The Final Countdown » (Europe) qu'avec le rock prolo de Motorhead. Pour couronner le tout, 2008 a vu les inénarrables mini-Kiss (une bande de nains spécialisés dans les reprises play-back de leurs idoles peinturlurées) s'émanciper pour interpréter leurs propres compositions. Et l'art contemporain, jamais avare de recyclage, de surfer sur la vague : le photographe Peter Beste vient d'exposer à Los Angeles son travail autour de la scène metal norvégienne. Un courant qui ne s'est jamais tari, pour le meilleur et pour le pire et qui, à sa manière (grimaces, torches et rites sataniques) boucle la boucle et promet des lendemains qui déchantent. Dans l'air du temps ?

dimanche 11 janvier 2009

India Song


Chanson,
Toi qui ne veux rien dire
Toi qui me parles d'elle
Et toi qui me dis tout
Ô, toi,
Que nous dansions ensemble
Toi qui me parlais d'elle
D'elle qui te chantait
Toi qui me parlais d'elle
De son nom oublié
De son corps, de mon corps
De cet amour là
De cet amour mort
Chanson,
De ma terre lointaine
Toi qui parleras d'elle
Maintenant disparue
Toi qui me parles d'elle
De son corps effacé
De ses nuits, de nos nuits
De ce désir là
De ce désir mort
Chanson,
Toi qui ne veux rien dire
Toi qui me parles d'elle
Et toi qui me dit tout
Et toi qui me dit tout

mercredi 7 janvier 2009

On est mal


Chaque nouvel album d'Animal Collective est l'occasion de réviser ses cours de tectonique musicale. Merryweather Post Pavilion est de loin leur meilleure odyssée, qui plonge résolument dans des océans sonorisés en son temps par Brian Wilson pour en ramener des perles post-psychédéliques aux harmonies souvent insensées. Je n'ai jamais compris comment il est possible de leur résister.
A priori il n'y a pas de clip pour ce nouvel album, donc petite sélection d'incunables, en attendant avec impatience le concert parisien du 16 janvier.

Lion In A Coma (morceau de Merryweather Post Pavilion) :


Water Curses :


Comfy In Nautica (morceau de Panda Bear interprété par Animal Collective) :

dimanche 4 janvier 2009

Odetta (ou un début d'année sur les chapeaux de roue)

Pendant que ce blog dormait, tout engourdi par l'arrivée de l'hiver et de la crise, il se passait des trucs dans la vraie vie. Je viens notamment d'apprendre, un mois après, le décès d'Odetta, célèbre voix folk/blues des charnières années 50 et 60, et figure de proue de la lutte pour les droits civiques des noirs américains. Elle figurait dans le documentaire consacré à Dylan par Scorcese en 2005, No Direction Home, au titre d'influence de Bobby, et il est difficile de ne pas être saisi par les accents à la Screamin' Jay Hawkins option gorge profonde de ce Water Boy éructé d'une voix râpée par la vie. So long Odetta.

lundi 29 décembre 2008

Retour en 2009

Après quelques semaines de sommeil, ce blog renaîtra en début d'année.

dimanche 16 novembre 2008

vendredi 14 novembre 2008

mardi 11 novembre 2008

Rock critic



"Quand après la soirée Verdurin, se faisant rejouer la petite phrase, il avait cherché à démêler comment à la façon d'un parfum, d'une caresse, elle le circonvenait, elle l'enveloppait, il s'était rendu compte que c'était au faible écart entre les cinq notes qui la composaient et au rappel constant de deux d'entre elles qu'était due cette impression de douceur rétractée et frileuse ; mais en réalité il savait qu'il raisonnait ainsi non sur la phrase elle-même mais sur de simples valeurs, substituées pour la commodité de son intelligence à la mystérieuse entité qu'il avait perçue, avant de connaître les Verdurin, à cette soirée où il avait entendu pour la première fois la sonate. Il savait que le souvenir même du piano faussait encore le plan dans lequel il voyait les choses de la musique, que le champ ouvert au musicien n'est pas un clavier mesquin de sept notes, mais un clavier incommensurable, encore presque tout entier inconnu, ou seulement, ça et là, séparées par d'épaisses ténèbres inexplorées, quelques-unes des millions de touches de tendresse, de passion, de courage, de sérénité, qui le composent, chacune aussi différente des autres qu'un univers d'un autre univers, ont été découvertes par quelques grands artistes qui nous rendent le service, en éveillant en nous le correspondant du thème qu'ils ont trouvé, de nous montrer quelle richesse, quelle variété, cache à notre insu cette grande nuit impénétrée et décourageante de notre âme que nous prenons pour du vide et du néant".

Marcel Proust, Du côté de chez Swann, p.343-344

lundi 10 novembre 2008

Arthur Russell bis




Il y a plusieurs Arthur Russell. Le premier a produit des hits disco au début des années 80 dans un New York effervescent. Le Loft est alors à son apogée et David Mancuso
fait les modes. Un soir de 1979, il pointe le saphir sur un morceau signé Dinosaur, Kiss Me Again. Rien de révolutionnaire en apparence dans ces douze minutes mais pourtant la foule compacte se contorsionne sur cette mélodie sortie de l’enfer, nourrie de contrepoints de violoncelle et de motifs de guitares. On est loin de la disco industrielle qui annonce déjà la fin du genre. Le morceau ne figurait bizarrement pas sur la compilation que Soul Jazz a consacrée à Arthur Russell en 2004. Il marque pourtant l’entrée en territoire « pop » d’un musicien surdoué, violoncelliste de formation qui, au cours de sa brève existence (il meurt du sida en 1992, à 40 ans) a croisé le fer avec la fine fleur de l’avant-garde : Philip Glass, Allen Ginsberg, David Byrne, Rhys Chatham ou Bob Wilson, ils ont tous un jour trouvé sur leur chemin ce jeune homme débarquant de l’Iowa, timide mais déterminé, au visage grêlé par l’acné.

Pour lui, New York est la ville des possibles. Il se frotte à la musique « sérieuse » tout en découvrant l’énergie de la disco. Son histoire est retracée dans Wild Combination, un documentaire qui vaut surtout pour les images d’archives, bouleversantes : on y voit Russell littéralement envahi par sa musique, envisageant la disco comme une musique mentale. Au fil du temps, ses compositions ressemblent d’ailleurs à des mantras effilochés par la mélancolie. Une mélancolie omniprésente sur la compilation de raretés Love Is Overtaking Me. Il y a du Mark Hollis et du Nick Drake dans cette voix-là. Vingt morceaux à l’os dont James Murphy et Thom Yorke ne se sont jamais vraiment remis.
(texte rédigé pour Volume)

dimanche 9 novembre 2008

Madame George

Van Morrison vient à peine de jouer l'intégralité d'"Astral Weeks" que les vidéos se retrouvent sur internet. Magie ou enfer, je ne sais plus mais en tout cas, la version de "Madame George" me donne des regrets de ne pas avoir cassé la tirelire. Heu ah oui, c'était à LA, pas de regrets, donc...

Version floutée mais avec un son correct (7 novembre 2008):

samedi 8 novembre 2008

Les beaux Arthur Russell.

Je regarde le documentaire "Wild Combination" (de Matt Wolf) consacré à Arthur Russell et je réécoute la compilation de Soul Jazz records, "The World of Arthur Russell". Musicien marqué par ses rencontres (Ginsberg, Glass) et par la maladie. Ce qui frappe, c'est cette manière d'envisager la disco comme une musique mentale. Au fil du temps, ses compositions se sont épurées, pour ressembler à des mentras effilochés par la mélancolie, comme si chanter était pour lui le moyen de lutter et d'exister, jusqu'au dernier souffle. Difficile de pas penser à Talk Talk. En 1985, le Loft de David Mancuso est déjà loin.

Arthur Russell Terrace of Unintelligibility (1985) :


Dinosaur L - "Go Bang! # 5" (1982) :

mercredi 5 novembre 2008

lundi 3 novembre 2008

Gang Gang Dance Gang Gang Dance Gang Gang Dance

Pour commencer la semaine, cet extrait d'un concert de GGD, pas franchement des petits nouveaux mais dont l'album sorti chez Warp il y a quelques semaines, "St Dymphna", ne quitte pas mes oreilles. Mélange de rock déconstruit, de hip-hop ligne claire, de spasmes évoquant les belles heures d'Animal Collective et des moments qui piochent dans Boards Of Canada : un album long en bouche, qui se mérite mais que je ne peux m'empêcher d'écouter, encore et encore. Et quand j'en aurai marre, j'écouterai en boucle le nouvel album de Circlesquare. Mais ceci est une autre histoire.

dimanche 2 novembre 2008

"Astral Weeks" ressuscité.


C'est Sean O'Hagan lui-même qui l'écrit dans un long et bel article pour The Observer du 02 novembre (supplément dominical du Guardian), Van Morrison s'apprête à jouer pour la première fois en public son merveilleux "Astral Weeks" dont il refuse même de parler depuis sa publication en 1968.

Van Morrison - Madame George


Découvrez Van Morrison!



Is this the best album ever made?
On its release in 1968 Van Morrison's second album, Astral Weeks, baffled both the public and his record company. Now, 40 years later, it's regarded as unique - a mystical, dream-like blend of spontaneous blues, jazz and folk. And Van himself is finally ready to play it live...

Sean O'Hagan
The Observer,
Sunday November 2 2008


In the early Sixties the young George Ivan Morrison briefly played saxophone in a Belfast showband called the Olympics. Once, before a gig in Derry, the band's minibus pulled up outside his house on Hyndford Street, east Belfast and lead singer Alfie Walsh knocked on the door. Van's mother, Violet, answered, and after a few seconds of banter Walsh returned to the minibus alone. 'Yer man can't play,' he told the other band members. 'His ma says he's not coming out... He's upstairs in his room writing poetry.'

Though this anecdote may have grown in the telling, it illustrates the adolescent Van Morrison's otherness. A working-class boy from a Protestant neighbourhood, he had left Orangefield school with no academic credentials, and seems to have been an aloof-to-the-point-of-arrogant teenager; an only child who never quite shed his sense of aloneness. Years later, when his Belfast peers recalled the young Morrison, they stressed his solitary nature as well as his eccentricity. 'Van was his own master,' his boyhood friend George Jones told biographer Johnny Rogan. 'People didn't understand him.' Another friend, Billy McAllen, remembered him as being 'a bit strange, a bit weird'.

Fast forward to 25 September 1968. Morrison, 23, and already in retreat from pop stardom, stands in the centre of Century Sound Studios in midtown Manhattan. In the past few years he had tasted fame as lead singer of Them (dubbed 'Belfast's answer to the Rolling Stones' in the music press), singing on two hit singles, 'Here Comes the Night' and the proto-punk 'Gloria'. His first solo album - released in 1967, and entitled, in the spirit of the time, Blowin' Your Mind - had yielded another hit, the buoyant 'Brown-Eyed Girl'. Now, though, newly signed to Warner Brothers, he was intent on reinvention .

Strumming gently on an acoustic guitar, he begins to sing the first of several strange, stark songs he has been recently performing in small venues on the east coast to general disinterest. Around him, listening intently, are gathered three jazz musicians of the highest calibre: bassist Richard Davis, who had played with the likes of Miles Davis and Sarah Vaughan, guitarist Jay Berliner, best known for his work with Charles Mingus, and drummer Connie Kay, a member of the esteemed Modern Jazz Quartet. They had been assembled, alongside arranger Larry Fallon, by producer Lewis Merenstein, who on first hearing the songs had immediately sensed that they would not work in a rock setting.

If the young Van Morrison felt awed in such exalted company, he did not show it. In fact, he betrayed little emotion at all, and throughout the session, spoke only to the technicians. 'There wasn't much communication,' recalls Richard Davis, who now teaches music at the University of Wisconsin-Madison. 'As far as I can recall, I don't think I exchanged one word with the guy. We just listened to his songs one time, and then we started playing.'

Brooks Arthur was the sound engineer on that same session, though, inexplicably, his name would be left off the subsequent album credits. When he talks about it today, 40 years later, regret soon turns to excitement in his voice. 'From the moment Van hit the first note I knew we were involved in something special,' he recalls. 'You have to understand, everything was live. There were no music charts. He ran it down once for the players and went into the vocal booth. Then we got the sound levels right and I hit the red light and he started singing.'

That first working day comprised two three-and-a-half-hour studio sessions, during which three extended songs were recorded. 'There wasn't too much stopping and starting,' says Arthur. 'Van took off and the musicians went with him. They were serious players, they didn't have to think about it, they just did it instinctively, and it caught fire. We were working at the speed of sound. I tell you, we were breathing rarefied air in there.'

On 15 October the musicians and sound men reconvened. In another two short sessions, according to Merenstein, they produced 'six or seven songs, two of which just didn't fit the mood of the album'. Larry Fallon then spent another day overdubbing strings and horns on certain tracks. Throughout Morrison remained uncommunicative, self-absorbed. 'People told me later that he was shy,' says Davis, 'but to me he seemed aloof, maybe a bit moody. He was caught up in his own thing. He communicated through his singing.'

It still seems scarcely credible that, under such strained conditions, an album was created that has since come to be regarded as perhaps the greatest work of art to emerge out of the pop tradition. Released in November 1968, Astral Weeks is a work of such singular beauty, such sustained emotional intensity, that nothing recorded before or since sounds even remotely similar - or, indeed, comparable. Elvis Costello would later describe it as 'still the most adventurous record made in the rock medium', adding that 'there hasn't been a record with that amount of daring made since'. When I spoke to Nick Cave about it a few years ago, he spoke enviously of 'its power to mesmerise and disturb', and wondered 'at the sheer nerve of this young guy to attempt something so obsessive and uncompromising, and then actually pull it off'.

Initially, though, Astral Weeks was greeted by both the critics and the public with utter bemusement. The NME compared Morrison's extraordinary voice to the mannered Latin stylings of José Feliciano. Initial sales were disappointing and it received little support from Warner Brothers. 'They just didn't know what to do with it so they did nothing,' says Merenstein, scathingly. 'They were expecting "Brown Eyed Girl", and the first thing I played them was a seven-minute song about rebirth with no electric guitars and an acoustic bass. They just shook their heads.'

Since then though Astral Weeks has gone from a cult album to an acknowledged classic and has been celebrated, alongside the likes of Dylan's Blonde on Blonde and the Beatles' Sgt Pepper's, in countless best albums of all-time lists. It was voted No 2 in a Mojo magazine critics' poll of 1995 and at No 19 in Rolling Stone's selection of the 500 Greatest Albums Ever Made in 2003. More surprisingly, it was also voted ninth greatest album of all time in the more populist Music of the Millennium poll conducted by Channel 4, the Guardian, HMV and Classic FM in 1997.

Now comes the news that the ever-contrary Morrison, having continually shrugged off Astral Weeks' legendary status in interviews over the years, will be performing the album in its entirety at two shows at the Hollywood Bowl on November 7-8. The concerts are an intriguing prospect but it turns out that I am not alone in wondering at the wisdom of such a risky undertaking. 'How does that old Buddhist saying go?' says Merenstein. 'Something like, "You can't bathe in the same river twice." I hear he is going to record the concerts for a live album, too. Man, I have mixed feelings about that. Part of me thinks, just leave it alone. It's a moment in time that has become timeless. It's just too unique, too magical to try and recreate.'

Astral Weeks is that rare thing in pop music, an album that lives up to its own legend. Its singularity lies, as Costello points out, in its vaulting ambition. It is neither folk nor jazz nor blues, though there are traces of all three in the music and in Morrison's raw and emotionally charged singing. There are no solos save for the ethereal flute and soprano saxophone improvisations that are woven through the last, and shortest, song, 'Slim Slow Slider', the album's elegaic coda. Throughout, there are interludes of breathtaking beauty when the music surges and subsides, rises and falls, around Morrison's voice.

And it is that voice, by turns flinty and tender, beseeching and plaintive, that is the most extraordinary instrument of all. It is the sound of someone singing to himself, utterly immersed in the words that are pouring out of his mouth. This is that adolescent aloofness transmuted into a kind of enraptured self-assurance. 'His voice has so much integrity and conviction,' says the singer Beth Orton. 'It's as if he has sung the whole album into being just by his conviction, his absolute self-belief.'

At times Morrison seems overwhelmed by the intensity of the feelings he is attempting to express. 'His voice is a thing of quite extreme beauty,' says the psychologist and author Adam Phillips, a longtime fan of the album. 'What is extraordinary is the emotional atmosphere he creates in the songs and the sense that he is not even remotely concerned about communicating with an audience or a listener. He's just singing out his songs, and we are, in a sense, listening in.'

It has long been my contention that Astral Weeks is an album rooted in adolescence; its confusions and frustrations, its often volcanic emotional turbulence. On 'Cyprus Avenue' he is 'caught' and 'captured' by adolescent sexual desire, and 'conquered in a car seat'. On 'Beside You', the most dense and tortured song on the album, he sounds traumatised - though by what one never knows.

'On Astral Weeks I think he is haunted by something,' says Phillips, 'and I am not even sure he knows what it is. He sounds confounded, literally confounded. I don't think he has a clue what this music is about, other than it comes from somewhere deep inside him. As a psychologist, one often encounters people who harbour these sort of confused feelings but what you don't very often encounter is someone who has found a form for them. That is what is startling here, and almost unique in the medium of popular music.'

For all that, there is a mood of exultancy and, in places, abandonment, on Astral Weeks: words break down or are repeated until they lose their literal meaning and become mantras of desire and loss. 'I always think Astral Weeks sounds somehow victorious,' says Beth Orton. 'It's as if he has won a great victory but lost so much too. He sounds altered.'

There are few moments in popular music as affecting as the repeated refrain on 'Madame George' of the line, 'dry your eye, your eye, your eye...' as the strings swell around his voice then fall away, leaving just his acoustic strumming and Davis's wonderfully insistent bass pulse. It is the sound of someone trying to retrieve the irretrievable: lost youth, lost innocence, lost love; and at the same time realising the impossibility of ever experiencing those heightened moments again.

Astral Weeks is also a long goodbye, both to his younger self and to the city of his youth, a prelapsarian Belfast untouched by bomb or bullet. It was recorded just as the Troubles began, and remains, alongside Derek Mahon's poetry and Gerald Dawe's memoir, My Mother-City, one of the most tender...#65279; evocations of a straight-laced and hard-edged city, whose more progressive youth were embracing the creeping bohemianism of the times. On his brief return to Belfast after Them split, Morrison hung out for a time with an arty student crowd, but he was an outsider there too.

The two songs on Astral Weeks that are most infused with a sense of place - 'Cyprus Avenue' and 'Madame George' - are also undercut with the deepest sense of melancholy and longing. 'What he is tapping into on those songs is a collective experience,' says Dawe, a Belfast-born poet who knew the young Van Morrison. 'It's about describing the familiar in extraordinary detail, even as you are leaving that familiarity behind once and for all. Van grew up in an intense, tight-knit community, and knew early on that he did not fit into that community, that he was, as artists often are, an outsider. That feeling was really brought home to him when he returned to Belfast after his brief pop stardom. He didn't fit, and knew he would have to leave again, this time for good. All those complex emotions echo through Astral Weeks. That's why it resonates so deeply with people from home, many of whom have left there with the same anxieties of belonging.'

Astral Weeks may be the moment when Van Morrison accepts that he can never truly go home again. 'Ain't nothing but a stranger in this world,' he sings towards the end of the title track, echoing the gospel hymns of his youth. 'I got a home on high...'

When I interviewed Morrison back in 1987 he did not want to talk about Astral Weeks at all. We met in the Chelsea Arts Club. He arrived very late and for the first hour was tight-lipped and combative. It was only when we moved off the subject of his music that he began to open up. 'Basically, Irish writers, and I include myself here, are writing about the same things,' he mused at one point. 'Often it's about when things felt better. Either that, or sadness... It's the story about going back and rediscovering that going back answers the question, or going back and discovering it doesn't answer the question. Going away and coming back, those are the themes of all Irish writing.'

In a way, Van Morrison has grappled with those same themes ever since. For a long time his albums were about the great quest for home, the search for a place to belong, be that a tradition or a belief system or an actual landscape. In his songs he has drawn on Romanticism and esoteric theosophy, and evoked the names of John Donne and WB Yeats, TS Eliot and Seamus Heaney. On Astral Weeks, though, there is no questing. He is simply there, transported by his words and his voicing of them. No one in popular music, including Van Morrison himself, has since come close to that exalted place .
1968 and all that

In the news
5 November Richard Nixon narrowly beats Hubert Humphrey in the US presidential elections.
26 November New race relations law in the UK makes it illegal to refuse housing, jobs or public services on ethnic grounds.
30 November The Trade Descriptions Act outlaws the selling of an item with a misleading label or description.

At the cinema
Barbarella Jane Fonda plays the 41st-century astronaut in this hedonistic sci-fi romp.
Oliver! Musical version of Charles Dickens's classic tale.
Girl on a Motorcycle Road movie with Marianne Faithful.

In the shops
Sliced white loaf - 1s 7d (8½p)
Pint of milk - 11d (4½p)
Bag of sugar - 1/4 (6½p)
20 cigarettes - 4/10 (24p)

On the radio
'Those Were the Days' - Mary Hopkin
'Hey Jude' - The Beatles
'With a Little Help from My Friends' - Joe Cocker

At the theatre
Hair Controversial rock'n'roll musical.
Forty Years On Alan Bennett's first West End play.
The Real Inspector Hound Tom Stoppard's farcical whodunnit.

On the bookshelves
The Armies of the Night Normal Mailer's Pulitzer-winning nonfiction novel.
The Electric Kool-Aid Acid Test Tom Wolfe's pioneering account of Merry Pranksterism.
Eva Trout Elizabeth Bowen's last major work. Ally Carnwath
How Van the man found his voice

Born George Ivan Morrison on 31 August 1945 at 125 Hyndford Street, Belfast, Northern Ireland.

Courtesy of his father George's extensive jazz and blues record collection, he grows up listening to the likes of Ray Charles, Leadbelly and Mahalia Jackson.

1958 Joins the Sputniks as a saxophone player. Later groups he plays in include Deanie Sands & the Javelins, the Olympics and the Monarchs.

1964 Forms Them, and the group begin a residency in the Maritime Hotel in Belfast. Two hit singles follow: 'Baby Please Don't Go'/ 'Gloria' (November 1964) and 'Here Comes the Night' (March 1965).

1968 Astral Weeks, his masterpiece, is released.

1970 Changes direction again and releases Moondance, a soul-jazz classic.

1973 Tours with his finest band, the Caledonian Soul Orchestra, and in 1974 issues one of the great live albums, It's Too Late to Stop Now.

It is followed in October by Veedon Fleece, a record that some critics compare to Astral Weeks.

1980 Releases Common One the first of a series of albums, among them Inarticulate Speech of the Heart (1983) and No Guru, No Method, No Teacher (1986) that explore themes of transcendence and spirituality.

2008 Decides finally to revisit Astral Weeks. He will play the album in its entirety at the Hollywood Bowl this Friday and Saturday.

Last night internet saved my life.

mercredi 29 octobre 2008

Un titre un jour.

Nino Ferrer - Métronomie :

Découvrez Nino Ferrer!

DJ Mujava bien.

Depuis quelques mois, un morceau squatte les playlists des meilleurs DJs mondiaux, de Laurent Garnier à Gilles Peterson, bien connus pour leur insatiable soif de sons nouveaux. Au début une fluette boîte à rythmes, bientôt recouverte une nappe de claviers sombres, puis les choses s’accélèrent, tout comme le rythme cardiaque du danseur, en une valse du diable qui propulse l’auditeur dans les touffeurs d’Afrique du Sud. C’est « Township Funk » (le funk du ghetto), une bombe assenée depuis les faubourgs de Pretoria par le jeune Elvis Maswanganyi, aka DJ Mujava. Cette bombe à trois temps pioche dans le kwaito (un mélange de house et de rythmiques typiquement sud-africaines, enrobées de basses) et l’electro du début des années 90 pour forger le son de synthèse le plus excitant du moment. Mujava a grandi dans une banlieue remplie de serial-killers, des sons plein la tête. Quelques maxis et albums autoproduits sont relayés par les « community radios stations » et le font repérer par un gros label local. Puis ce sont les têtes chercheuses du label electro de référence, Warp, qui fondent devant ce « Township Funk » tourneboulant. La Mujavamania ne fait que commencer.

mardi 28 octobre 2008

Shadows.

Rue Saint Sabin.

lundi 27 octobre 2008

CurtoCircuito : videos musicais internacionais

Voici la sélection de clips que j'ai programmée au festival CurtoCircuito (Saint Jacques de Compostelle, 17-24 octobre), sur l'invitation de l'ami Tim.

Justice - Stress (réal Romain Gavras) :


autoKratz - Stay The Same (réal Laurie Thinot) :


Prefuse 73 - The Class of 73 Bells (réal Chris Boyle) :


Jamie Lidell - Another Day (réal Timothy Saccenti) :


Gnarls Barkley - Who's Gonna Save my Soul (réal Chris Milk) :


Gotye - Hearts a Mess (réal Brendan Cook) :


Björk - Wanderlust (réal Encyclopedia Pictura) :


DJ/Rupture - Ref (réal Baby Kites and Nokea) :


Flairs - Better Than Prince (réal Jonas & François) :


The Replicants - User (réal Edouard Salier) :


Motor - Bleep #1 (réal Woody Batts) :


War on Drugs - A Needle in your Eyes (réal Mark Shovenveld) :


Pivot - In The Blood (réal Alex Smith) :


Santogold - LES artistes (réal Nima Nourizadeh) :


Yacht - Summer Song (réal Judah Switzer) :


Omaha Bitch - Orgasmic Troopers (réal Ces messieurs from LA) :

China Girl.

Je rentre en mode hibernation.

Groland ne connaît pas la crise.

dimanche 26 octobre 2008

Swell et puis c'est tout.

Swell fait son retour en France ces jours-ci, avec notamment une black session (demain à 22h, sur France Inter). Je n'ai pas encore écouté attentivement leur dernier album mais par contre je réécoute en boucle "Well" (1992), peut-être ce que David Freel a produit de mieux. Mélange de voix blanche, de guitares acoustiques déployées comme un éventail, pour mieux larder les mélodies de striures électrisantes. Ce mélange chaud/froid est la signature du groupe, j'ai hâte de les voir demain, au studio 104.

Swell - "At Long Last" :

Sushi sans souci.

Vendredi dernier, dans le cadre de l'expo Gainsbourg s'est tenue la soirée Gainsbourgmania japonaise (programmée par Jos, d'in famous). En première partie, Jon The Dog nous a régalé de ses reprises sucrées et poilues des "Sucettes", "69 année érotique" ou "Love On The Beat". Jon The Dog, c'est une jeune japonaise qui a pris congé du monde des humains pour se glisser façon ET dans un costume de chien. Fameux. Mais le meilleur, vraiment, fut la prestation de Kenzo Saeki, aka l'homme à la tête de sushi, accompagné d'une pianiste. 30 minutes de reprises folledingues de Gainsbourg, avec des videos illustrant littéralement les chansons ("Harley Davidson", "Les goémonds" etc...). Drôlissime mais pas que. Et la soirée ne pouvait pas se conclure sans un duo d'anthologie, accouplant un chien et un sushi aux limites de l'absurde. Tout ceci est donc très japonais...




Jon The Dog en 2007 au Point FMR :

samedi 25 octobre 2008

Chemin de croix.

Semaine en Galice, à Saint Jacques de Compostelle, pour le festival CurtoCircuito (pour lequel j'ai pondu une sélection de clips musicaux projetée jeudi au musée d'art moderne : massive big up to Tim). Ville évidemment très chargée sur les plans architectural et historique. Un peu vitrifiée mais amusante, remplie de pélerins lookés gore-tex fluo, plutôt âgés et à donf. Heureusement, nous avons trouvé les bons bars à tapas. Les soirées furent très païennes et je me suis transformé en poulpe.





samedi 18 octobre 2008

MP3 : des nouvelles de Gilles Tordjman.

Gilles Tordjman était l'une des meilleures plumes des Inrocks bonne période ( ! ), en remplissant à plein sa fonction de passeur, d'éclaireur, de commentateur pas dupe. Il a plus ou moins disparu du circuit journalistique, à ma connaissance (après avoir collaboré à Epok ou Vibrations et publié des petits livres sur John Coltrane, Tim Buckley et Leonard Cohen). Je viens de tomber sur un article datant du 29 août dernier, dans lequel il propose un résumé intéressant de la polémique autour du MP3. L'intérêt de ce papier est qu'il dépasse la problématique strictement ORL pour s'aventurer sur le terrain artistique.
Je suis le premier à écouter de la musique sous cette forme, dans les transports en commun ou, quotidiennement, sur mon vaillant ordinateur et ce, par défaut, puisque j'ai toujours dans un coin de ma tête l'envie de recommencer l'écoute dite "physique" sur une chaîne ad hoc, quand j'aurai les moyens d'un appartement de plus de 15 m carrés... Je suis tout à fait d'accord avec la notion d'"'accumulation furtive" (cette plaie qui nous fait accumuler les données sans pouvoir les absorber : j'avoue que je suis passé par là et que je me suis bien calmé).

Le Monde (29 août 2008)
Le MP3 mutile le son et l'audition, par Gilles Tordjman


La disparition des contrastes n'est pas seulement une violence esthétique faite à la vérité musicale, c'est aussi un véritable risque sanitaire dont les scientifiques commencent à prendre la mesure.

Tous ceux qui n'ont pas renoncé aux plaisirs de la fête ont déjà fait l'expérience suivante au moins une fois : dans un appartement peuplé d'une cinquantaine de personnes consommant des boissons fortes, plusieurs jeunes gens, DJ d'un soir, rivalisent aux "platines". Ce n'est certes pas nouveau. Mais un ou deux détails signalent qu'on a radicalement changé d'époque. D'abord, les ordinateurs portables, laptops, et autres clés USB ont remplacé les platines vinyles qui avaient pourtant connu une nouvelle jeunesse il y a quelques années. Ensuite, le volume est beaucoup plus fort. Et surtout personne ne danse : un comble. Pourquoi et comment en est-on arrivé là ? La réponse pourrait tenir en deux lettres et un chiffre : Mp3.

Ce nouveau standard audio qui s'est imposé de fulgurante manière en quelques années a déjà suscité une abondance de commentaires. Si l'on en croit les majors du disque, il serait responsable à lui seul de la mort du CD, de plans sociaux plus saignants qu'une série B hollywoodienne –et pourquoi pas du réchauffement climatique, de la pollution des océans ou des déséquilibres géostratégiques, tant qu'on y est ?

Car tous absolument tous les débats qu'a suscités cette nouvelle forme de partage de la musique ne se sont focalisés que sur les problèmes juridiques qu'elle soulève : droit d'auteur, propriété intellectuelle, piratage ou "téléchargement légal". Emblème d'une victoire de la raison économique, le Mp3 était la technologie idéale pour oublier tous les autres problèmes esthétiques, techniques et sanitaires que cette nouveauté posait pourtant. Et qui continuent de se poser. Voici pourquoi et comment.

CULTE DU "BEAU SON"

L'homme qui parle dans ce café du 9e arrondissement de Paris n'est pas un passéiste crispé sur le bon vieux temps. Amateur éclairé de chansons françaises, animateur de la belle petite revue Je chante, Raoul Bellaïche ne peut réfréner une certaine nostalgie : "Je me souviens bien de cette période où la hi-fi coûtait assez cher mais où le grand public était prêt à des sacrifices financiers pour un bon équipement. Et puis tout a basculé en cinq ou six ans. Très peu de gens ont noté que l'arrivée du MP3 marque la première fois qu'un retour en arrière est présenté comme un progrès. Tout le monde s'est habitué, y compris moi, parce que c'est très pratique."

Pratique : le mot est lâché. Evidemment, avant, c'était moins pratique : le culte de la hi-fi et du "beau son", partagé par un grand nombre d'auditeurs mélomanes ou pas, supposait l'acquisition d'un matériel souvent volumineux et les sacrifices financiers qui allaient avec. La diversité de l'offre comblait cette demande : dans toutes les gammes de prix, les fabricants proposaient des appareils dédiés, qu'on mariait les uns aux autres avec cette illusion naïve et belle de toucher à la meilleure reproduction sonore possible. L'audiophilie de papa, c'était ça : la sensation qu'en appariant tel tourne-disque à tel ampli et tel câble à telle paire d'enceintes, on devenait le metteur en scène d'un film domestique dont le titre avait été inventé par ECM, célèbre label de jazz européen : "Le plus beau son après le silence "…

Ce temps-là semble révolu. L'auditeur d'autrefois, pour qui l'écoute était une activité noble à laquelle il sacrifiait du temps, a laissé la place à une "écoute nomade" de la musique. En permettant de stocker dans un espace physique réduit une quantité énorme de musique, le Mp3 a inventé une chose toute nouvelle : l'accumulation furtive. C'est-à-dire la capacité à posséder toujours plus de musique mais à en profiter toujours moins, puisque désormais le temps de l'écoute se superpose à d'autres occupations.

Le fantôme de la gratuité a parachevé le tableau d'une avancée technique que tout le monde ou presque s'accorde à trouver bonne. Ceux qui osent émettre la moindre critique à son égard sont promptement assurés de se voir flétrir de l'épithète "réactionnaire" sur l'air bien connu du "c'était mieux avant". Pourtant, il se pourrait que, dans le cas qui nous occupe, ce fût vraiment mieux avant. Et que ça pourrait être beaucoup mieux demain.

PERTE DE QUALITÉ DRASTIQUE

C'est quoi, au juste, le MP3 ? Juste un format d'encodage des données audio permettant de diviser par dix le poids d'un fichier informatique. Ainsi dématérialisée, la musique peut circuler plus vite d'ordinateur à — baladeur numérique. Mais au prix d'une mutilation indiscutable du signal d'origine et d'une perte de qualité drastique. C'est ce qu'explique Lionel Risler, l'un des ingénieurs du son les plus respectés pour son travail d'orfèvre en matière de restauration d'anciens enregistrements : "Dans le cas du Mp3, on choisit arbitrairement d'enlever du signal tout ce qui est prétendument superflu. Mais sur des critères très discutables. On réduit les informations pour gagner de la place de stockage. Au départ, le Mp3 n'a été conçu que pour accélérer les flux des données sur Internet. Et puis on a ouvert la boîte de Pandore, puisque cette circulation s'est faite sans aucune règle."

Cette compression des données, qui a aussi ses partisans, s'ajoute à un autre traitement du son, pratiqué depuis bien longtemps dans les musiques populaires : la compression dynamique. Schématiquement, la compression dynamique consiste à relever les niveaux faibles et à abaisser les niveaux forts, bref à gommer les contrastes qui donnent tout son relief à la musique. L'intérêt ? Réduire le volume d'informations, en vue d'un stockage ou d'une diffusion sur une bande passante limitée radio ou Internet par exemple, tout en induisant une sensation de puissance sonore, partiellement artificielle.

"L'oreille n'est pas éduquée à recevoir des signaux compressés, explique David Argellies, un jeune acousticien qui par ailleurs apprécie le "gros son". Les radios sont plus fatigantes à niveau équivalent, parce que l'oreille est habituée à percevoir de forts contrastes dynamiques. Et la compression a tendance à la flouer. C'est comme une illusion d'optique. A l'écoute d'une musique compressée, déjà perçue comme plus forte , on aura tendance à augmenter le volume pour retrouver du contraste."

En outre, le volume moyen d'un son dynamiquement compressé peut être réellement plus élevé. Car pour réduire l'écart des variations d'une musique, il faut choisir un volume de référence; et si c'est le volume maximal du morceau qui est choisi, les niveaux faibles sont considérablement augmentés pour atteindre la diminution d'amplitude souhaitée. "Prenez la publicité à la télévision, note David Argellies. On la perçoit comme plus forte , car elle est plus compressée donc plus agressive."

Lorsqu'on parle d'agression, on aborde un terrain évidemment sujet à toutes les polémiques, mais qui ne peut pas se réduire à un combat d'anciens contre modernes ou à une croisade contre la musique de jeunes. Car depuis quelque temps, nombreux sont les scientifiques, parfois jeunes, qui tirent la sonnette d'alarme sur les conséquences sanitaires déplorables que ces nouveaux modes d'écoute auront inévitablement sur les nouvelles générations.

Bernard Janssen, chirurgien ORL et chanteur lyrique de haut niveau – il a fait carrière sous le nom de Bernard Sinclair – est sans doute l'un des mieux placés pour analyser le phénomène : "Les gens qui écoutent de la musique dans le métro sont obligés de pousser le volume pour couvrir le bruit ambiant. C'est terrible, car ils peuvent s'envoyer jusqu'à 140 décibels dans les oreilles, alors que le seuil de douleur se situe à 120. Jusqu'à 70, ça va encore. Certains chanteurs lyriques peuvent développer 130 décibels sans souci pour leur oreille, parce qu'ils projettent le son et qu'il y a des défenses physiologiques. Mais il suffit d'une seule exposition à ce volume pour subir un traumatisme qui débouchera sur une surdité. C'est le traumatisme aigu. Il existe un traumatisme chronique, repérable chez les ouvriers de chantier mais aussi chez les gens qui écoutent trop fort leurs baladeurs. C'est beaucoup plus insidieux car plus on perd l'audition, plus on monte le volume."

C'est désormais un fait acquis : la compression dynamique, appliquée à l'écrasante majorité des musiques actuelles, ne fait qu'aggraver les nuisances déjà bien connues d'un volume sonore excessif. Et cela vaut aussi pour les musiques apparemment les plus "douces". C'est ainsi que deux chercheurs amateurs de rock, Yann Coppier et Thierry Garacino, se sont livrés à de savantes mesures sur l'évolution de la compression dynamique en trente ans. Le résultat est édifiant : le morceau Rock and Roll de Led Zeppelin, perçu au début des années 1970 comme l'une des choses les plus violentes jamais enregistrées, n'est que faiblement compressé en comparaison de… Quelqu'un m'a dit, premier tube de Carla Bruni.

C'est toute la perversité des traitements modernes du son : la ballade un peu douceâtre de la désormais première dame de France se révèle, dans la froide objectivité des mesures scientifiques, bien plus dommageable pour l'appareil auditif que l'hymne hard rock de Led Zeppelin. Avec la compression, "on transforme la chaîne des Alpes en volcans d'Auvergne", résume assez joliment Yves Cochet, concepteur historique de systèmes haute-fidélité de pointe.

RÉAPPRENDRE À ÉCOUTER

Mais la disparition des contrastes n'est pas seulement une violence esthétique faite à la vérité musicale, c'est aussi un véritable risque sanitaire dont les scientifiques commencent à prendre la mesure. Des études récentes ont montré qu'un appareil auditif désaccoutumé aux contrastes dynamiques ne pouvait que perdre de son acuité, et ce même à bas volume. Le spectre d'une pandémie de surdité précoce est-il à redouter ?

"Je vois arriver des jeunes de 18 ou 20 ans qui développent déjà de belles surdités, résume avec fatalisme Bernard Janssen. Je suis très alarmiste et je le dis clairement : il faudra légiférer. Je ne suis pourtant pas très optimiste : dans une époque si soucieuse de liberté individuelle, chacun est évidemment libre de devenir sourd".

Réapprendre à écouter, sensibiliser à la qualité du son plutôt qu'à la quantité seront sans doute les seules solutions pour éviter une crise sanitaire majeure. A moins que, d'ici peu, ne s'inventent de nouvelles technologies plus respectueuses de la santé publique que la — compression dynamique et le Mp3. Qui demeure, de l'avis général des spécialistes, le pire standard de toute l'histoire de la musique enregistrée.

Prénom Adriano.

J'adore cette reprise de Stand By Me par Celentano, qui rivalise tout à fait avec la puissance émotionnelle de la version originale.


Découvrez Adriano Celentano!


Un "Azzuro" pour le simple plaisir de la langue. Le voyage continue :

Découvrez Adriano Celentano!

Gainsbourgmania !

L'expo Gainsbourg débute le 21 octobre à la Cité de la Musique. Elle a été pensée par Frédéric Sanchez, par ailleurs sound-designer pour la mode (sic) qui connaît sur le bout des doigts l'oeuvre et la vie de Gainsbourg. Cette expo se présentera sous le forme d'une installation géante, 24 piliers recouverts de photos et de vidéos. Extraits et aperçus ici.

En attendant de découvrir la chose,voici une sélection de quelques vidéos plus ou moins méconnues et reliées à Gainsbourg (le plus moderne des chanteur français, c'est toujours utile de le rappeler).

Gainsbourg reprend Keith Jarreth en 1964 : All the things you are


Extrait du Pacha (1967) :


En studio à Londres, pour Initials BB (avril 1968) :


Screamin' Jay Hawkins et Gainsbourg - Constipation blues (fin 70s, certainement) :


Serge Gainsbourg - Le claqueur de doigts ("j'ai encore de la mitraille dans mes blue-jeans...") :


Serge Gainsbourg et Anna Karina - Ne dis rien :


Charlotte Gainsbourg - Elastique :


Serge Gainsbourg - La noyée (chanson inédite reprise récemment par... Carla Bruni !) :


Nico - Strip-Tease (1963) :

mercredi 15 octobre 2008

Gigliola dans mes bras.

C'est fou comme cette Italie-là semble lointaine...

Gigliola Cinquetti - La rosa nera (Senza rete)

lundi 13 octobre 2008

Roots of disco

Très inspirante lecture de la VF de Turn The Beat, LE bouquin sur l'histoire de la disco signé Peter Shapiro (sortie imminente chez Allia). J'y reviens.

Premier morceau siglé "disco" découvert par David Mancuso, et donc joué au Loft, en 1974.

Eddie Kendricks - Girl You Need a Change of Mind


Pas très loin dans le flight-case de Mancuso, Manu Dibango et son fameux Soul Makoussa :

dimanche 12 octobre 2008

Je suis rital et je le reste.

Pourquoi seul Sébastien Tellier aurait-il le droit d'en parler, hein, je vous le demande. Je préviens donc les hypothétiques lecteurs de ce blog que débute ici une série de vidéos de chanteurs transalpins 60/70. Soit une certaine conception (gomina et Rai Uno) de la nonchalance, du tempo, des violonnades et des manières de dire adieu, ce doit être dans l'air du temps.
C'est l'oublié Sergio Endrigo qui essuie les plâtres avec une chanson aux élans douloureux. Je vais me mettre à l'italien.
(Contributions bienvenues.)

Sergio Endrigo - Le parole dell'addio (1971)

mercredi 8 octobre 2008

Ether.

Slowdive - Catch The Breeze


Cocteau Twins - Song To The Siren


Titus Andronicus - Albert Camus


Ride - Twisterella


The Radio Dept. - Pulling Our Weight

dimanche 5 octobre 2008

Weekend chargé.


La Nuit Blanche s'est transformée en Nuit de Chine, et les prouesses techniques de Ryoki Ikeda à la Tour Montparnasse sont bien loin.

mardi 30 septembre 2008

TVOTR dans ma tête.

Je vais voir TV On The Radio pas plus tard que tout de suite. Il m'a fallu quelques semaines pour saisir l'évolution marquée par "Dear Science", ce qui est souvent bon signe. Cet album marque l'apogée du son Sitek, plus ouvert qu'avant, moins nébuleux mais toujours aussi rageur, avec des inflexions à la Animal Collective meeets Sigur Ros (mais sans le pompiérisme, ô bonheur).
Flash-back :

dimanche 28 septembre 2008

Wire!

Excellent concert de Wire hier soir à Strasbourg, tendu comme un slip.

jeudi 25 septembre 2008

Manset à découvert.

J'ai aimé les énigmes de Gérard Manset. Il y a des années, j'avais pris en pleine tête La mort d'Orion, un disque 70s extraordinairement noir et rimbaldien (la route, la nuit, la Lune). Et Matrice, bien sûr, qui redéfinissait un rock français et littéraire. Et puis toutes les histoires qui couraient autour de ce mec pas aimable, distant, qui ne parlait qu'à Bernard Lenoir, bref tout ça a façonné un petit mythe. Je n'ai pas écouté son nouvel album, je ne sais pas si j'en ai envie. Mais je viens de tomber sur cet épisode des Enfants du rock, dans lequel Manset ne fait pas beaucoup d'efforts pour être aimable, c'est tout à son honneur.

We need Strasbourg.

Départ demain pour Strasbourg, riante capitale alsacienne où le poptronics crew réalisera en quasi direct (heu...) le journal du festival Ososphère. À vos marques, prêts, écrivez !

mardi 23 septembre 2008

Je regarde Jean Seberg dormir.

Ubuweb a la bonne idée de mettre en ligne Les hautes solitudes, de Philippe Garrel (1974). Garrel et ses compagnes, Garrel et ses muses, Garrel et Nico, Garrel et Jean Seberg, dont la beauté, à la fin de sa courte vie, laisse pantois.



Clip anti-stress.

Nouveau clip de Björk, tout beau tout chaud.

dimanche 21 septembre 2008

"Hiroshima, mon amour", mon amour.

Réécouter le phrasé velouté d'Emmanuelle Riva. Revoir Hiroshima et Nevers à travers le n&b de Resnais. Se perdre et se reperdre dans la langue de Duras (c'est une image). À signaler : une top rétro André Bazin à la Cinémathèque, qui donne à revisiter les films qu'il défendit dans ses articles et ses essais critiques.

vendredi 19 septembre 2008

Signal maximal.


Je reviens de Signal, la performance menée par Carsten Nicolai (aka Alva Noto) dans la grande salle du Centre Pompidou. Ils étaient trois, vêtus de blousons blancs immaculés, de profil devant un grand écran rectangulaire. Ce que j'adore dans ce genre de live à six mains, c'est qu'on ne sait pas précisément qui fait quoi, même si les rôles sont évidemment distribués. Au début, une sorte de grincement strident, qui m'a cruellement rappelé la nature dentaire du mot Signal ( ! ) puis c'est parti, 50 minutes de sonorités assez sourdes, plutôt rythmées (assez loin de la sempiternelle "minimale" à laquelle on associe trop souvent la scène de Berlin, comme si elle était engluée dans un bloc, comme au bon vieux temps...). Non, un son assez riche et profus, qui a évolué vers des strates carrément noisy/aspirateur à la Fennesz, pour aller très vite. Au niveau des visuels, les bandes flottantes étaient bien là, N&B découpant parfaitement le corps des performers. Par moment, l'obscurité était totale, avec juste quelques... signaux blancs noyés au milieu du magma sonore. Spectacle très/trop maîtrisé, un cran en-dessous d'un Ryoji Ikeda tout de même (qui se produira cet automne au même endroit). Mais à la veille de la Techno Parade et sa cour des miracles, je suis ravi de m'être plongé là-dedans.

Signal à Amsterdam, en début d'année :

Wilco + Fleet Foxes = Dylan.

Michel m'envoie ça. Merci Michel !

mercredi 17 septembre 2008

Je réécoute "Tender Buttons" de Broadcast.

J'ai toujours eu une passion pour la pop évanescente de Broadcast, leurs arrangements cristallins et emplis de petits glick glick qui justifient leur présence chez Warp. J'adore leurs synthétiseurs hors du temps, j'adore ce que je trouve insupportable chez les concurrents directs Stereolab : la voix fragile de la chanteuse, qui chante peu, justement. Souvent elle sussure des histoires tordues, des chiens noirs, évoque des souvenirs sépia et des échelles sous lesquelles il faut nécessairement passer. Je me souviens aussi de toutes les vicissitudes que ce groupe a traversées (décès, split, galères en tous genres), qui ont en quelque sorte façonné sa légende...
Un morceau instrumental inédit par ici.
Et deux vidéos par là :

mardi 16 septembre 2008

Krach krach krach-ounette ?

Ce matin, les éditorialistes sont inquiets, les chroniqueurs fébriles, les titres flippants : le spectre d'un krach boursier se profile, avec ses petits yeux plissés et fourbes et ses poings serrés.
Perso, je tremble comme un mouton.

lundi 15 septembre 2008

Grauzone !

Je viens de retomber sur ce morceau fantastique du jeune Stephane Eicher, sur la compilation "A Man And A Machine" (bon, faut aimer les ours).

Spéciale dédicace à Dj Borel...