jeudi 31 juillet 2008

Black Dice

Lecture ces jours-ci d'une bio - fort mal écrite et mal traduite, malheureusement - de Roland Kirk, l'homme aux trois saxos, ce qui m'amène en conséquence à me plonger dans des vidéos historiques du jazz le plus libre qui fut, encore plus free que le free, car aérien, comme détaché de toute contigences techniques, comme s'il pouvait s'en passer à force de maîtrise. Et quand on parle de Kirk, Coltrane n'est pas loin. Petite série de grands moments.

Coltrane + Getz + McCoy Tyner + Peterson en 1960 :


Rahsaan Roland Kirk livre sa version - incroyable - du hit I Say A Little Prayer en 1969 :


John Coltrane Quartet - My Favorite Things en 1965 :

Vie privée vie publique.

Lu sur Ecrans du jour, cette réponse très laconique du grand méchant Google à un couple qui se plaignait que sa maison figurât sur Google Maps

Google : « une vie vraiment privée est impossible »

Le service Street View de Google Maps, qui permet, dans certains coins du monde, de consulter des photos panoramiques de chaque rue, s’attire régulièrement des ennuis ou des remontrances. Cette fois, c’est un couple de Pennsylvanie qui a porté plainte contre Google car on trouvait des photos de sa maison dans Street View. Au lieu de demander simplement le retrait des photos, le couple Boring, un peu procéduriers, a porté plainte contre Google. Ils réclament au moins 25 000 dollars (environ 16 000 euros) de dommages et intérêts : selon eux, Google « leur a causé des souffrances mentales et a diminué la valeur de leur propriété ». Selon eux, leur maison, située au bout d’une route privée, n’aurait jamais dû être photographiée.

Google, qui a retiré les photographies dès le dépôt de la plainte en avril, a envoyé hier sa réponse au tribunal (réponse mise en ligne sur le site The Smoking Gun), demandant le retrait de la plainte. On est bien loin d’un mea culpa : « Avec la technologie des images satellites aujourd’hui, une vie vraiment privée est impossible, même dans le désert. Quoi qu’il en soit, les plaignants ne vivent pas dans le désert et sont loin d’être des ermites. » Les avocats de Google ont ajouté que les images en question étaient « des photos banales de l’extérieur d’une maison » et qu’« il n’y avait pas d’indication claire qu’il s’agissait d’un chemin privé ».

Les voitures-caméras de Google, qui ont commencé leur activité au printemps 2007 aux Etats-Unis, arpentent depuis quelques mois les rues des capitales européennes. Les photos panoramiques ne sont cependant pas encore visibles. Mi-mai, Peter Hustinx, le contrôleur européen de la protection des données, avait insisté sur le besoin de respecter la vie privée : « Prendre des photos dans la rue n’est pas un problème en soi. Mais prendre des photos partout peut en être un. Google doit respecter les lois sur la protection des données, leur succès ici en dépend. Ce sont des gens intelligents, je pense qu’ils n’ignoreront pas la loi. »

Que devient Mobius Band ?

L'été est propice aux coups d'oeil dans le rétro et je me suis demandé l'autre jour ce que devient Mobius Band, un groupe du label siglé new techno Ghostly International. J'adore la voix du chanteur, qui me rappelle parfois celle de Michael Stipe. Là, c'est la version edit de The Loving Sounds of Static, qui date de 2006 et n'est jamais sortie en Europe. Même le distributeur de Ghostly ne connaît pas ce groupe, ce qui est très bizarre...

Gotye

Ecoute en boucle ces jours-ci, à la fraîche, de Like Drawing Blood, l'album de Gotye, un belge vivant en Australie. Cet album date de 2006 mais sortira en septembre en Europe. Pour le décrire, il suffit juste de convoquer le Beck de Odelay, avec une touche de Jamie Lidell (dont il assure certaines premières parties). J'avais découvert ce musicien par le clip très réussi de Hearts A Mess.
Et j'aime bien le blog du garçon, qui s'amuse par exemple à ralentir We Are The World, l'hymne pré-alter 80s.

jeudi 17 juillet 2008

Gare au renard !

J'ai découvert Fleet Foxes ce printemps, à la faveur de leur concert à la Flèche d'Or. Au moment où tout le monde se prosterne (à raison) sur la réédition du "Pacific Ocean Blue" de Dennis Wilson, il peut être intéressant de se plonger dans les correspondants d'aujourd'hui des Beach Boys. Les Fleet Foxes n'ont pas le talent mélodique de la bande à Wilson (Brian) ou, plus près de nous, de Grizzly Bear, mais certains de leurs morceaux ont une vraie grâce, instantanée, qui nous replonge sans oeillères vers une conception 70s de la composition. J'aime beaucoup "White Winter Hymnal", plutôt rafraîchissant, et le clip vaut le détour.



Et pour mémoire, Dennis Wilson, "Are You Real ?" :

mardi 15 juillet 2008

Gare au Barouh

Réécouter Pierre Barouh (à l'occasion de la parution de l'intégrale de ses enregistrements chez AZ), c'est se replonger dans une époque où les voyages représentaient encore des possibilités d'aventures, où les tuyaux n'étaient pas un Tout indépassable et où l'on savait prendre son temps. Barouh, comme Grozdanovitch ou Nicolas Bouvier, est un passant, un flâneur aux aguets, un passeur amoureux (c'est d'ailleurs lui et non pas Henri Salvador, qui a fait découvrir la bossa originelle, Venicious de Moraes ou Baden Powell, époque dont il parle avec une retenue et une modestie remarquables). Dans le documentaire qui accompagne ce petit coffret (32 chansons, 1963-66), Barouh raconte son parcours, ses rencontres (De Moraes, justement, Montand - c'est lui l'auteur de "La bicyclette", publié juste avant mai 68, l'importance d'"Un homme et une femme" à ses débuts, l'enregistrement du célèbre "Samba Saravah" en une prise à Rio après une nuit de fête sur la plage, ses retours à St Germain et ses voyages à Lisbonne et au Japon...).
Voilà qui donne de furieuses raisons de larguer les amarres...

Les grosses chaleurs.

En tombant par hasard sur le "Nosferatu" de Murnau (1922) alors que je recherchais le morceau du même nom de Slint (album "Spiderland"), je me mets à méditer sur la pureté de ce cinéma là, qui créait sa propre grammaire et avait recours à des effets minimaux, pour un résultat encore efficace pour peu qu'on sache encore écarquiller les yeux.
"Wait, young man, you can't escape your destiny by runnin' away"...

vendredi 11 juillet 2008

Le retour du mur du sang.


J'avoue avoir longuement hésité, au point d'en oublier la date, et puis le concert londonien, et puis des vidéos, et puis des commentaires, des mails, la rédaction d'une mini-chronique de "Loveless" pour Volume (dossier 200 albums) m'ont convaincu au finish de claquer 40 euros pour assister au retour de My Bloody Valentine dans cette espèce de boîte de conserve qu'est le Zénith (mais pourquoi diable ici ?).

"Loveless", donc, album-matrice dont je crois connaître chaque mouvement, à défaut d'en comprendre les paroles (ce qui est pratique au niveau de la projection, soit-dit en passant). On a tout lu ou entendu sur cette musique-brouillard, mais c'est surtout l'intimité avec elle qui me passionne, la manière dont chaque écoute laisse envisager d'autres territoires, un peu comme si ces guitares en fusion qui brouillent les voix claires changeaient de forme en permanence, au gré du moment et de l'endroit. "Loveless" n'est pas le même album pour moi qu'en 1992, quand on se le refilait en douce au lycée, et c'est précisément pour ça que voir MBV pour la première fois, assister à ce moment où ils replongent dans leur magma sonore, a provoqué chez moi des sentiments mêlés, une vague d'instants et le reflux de visages en même temps que sentiment d'une intensité musicale rarement atteinte.

Il faut dire que tout était en place, les visuels tout d'abord, qui au début du concert étaient constitués de petits films expérimentaux très printaniers, un chemin forestier en rotation, des fleurs, de l'herbe, qui collaient parfaitement aux morceaux. J'ai mis quelques minutes à me connecter aux voix de Belinda (toujours aussi gracile, et cet air d'être là mais pas tout à fait, ses grands yeux fixant la pénombre pour mieux s'oublier) et Shields, toujours aussi peu disert, avec cette dégaine d'éternel adolescent mal réveillé. Je me suis dit que depuis 15 ans, ce type avait eu tellement de temps pour ruminer ce retour, tellement de propositions de rebrancher les amplis que ce devait être autre chose qu'un concert de plus, en dépit du cash-flow qui doit lui tomber sur la tête.

Le concert en lui-même, c'est-à-dire détaché de tout affect ou madeleine de Proust, fut excellent, les vagues noise s'enroulant autour d'elles-mêmes avec l'aide de boucles puissantes (qui partaient parfois trop tôt !). A quelques reprises, on atteignit même le son noisy idéal, jamais saturé, plutôt diffracté et précis, formant une pâte sonore intemporelle. "Glider"," To Here Knows When", "Feed Me With Your Kiss", s'incarnaient sous les yeux d'un public essentiellement composé de vieux fans déplumés et très émus qui, tous, attendaient le fameux break de "You Made Me Realize", vieux fantasme interrompu 3 ou 4 fois par le limitateur sonore (j'ai depuis appris que MBV a allègrement franchi la barre des 120db, là où la limite est fixée à 106) ce qui provoqua l'ire de Shields. Après quelques minutes de flou et de négos il reprit le break-brouillard avant une nouvelle et dernière coupe. Fin du concert en queue de poisson, mais trop tard, le mal était fait, nos oreilles saignaient, ce fut le moment de partir, vite vite, béat et en nage, la tête toute bourdonnante et le coeur en toupie.

"To Here Knows When", pour mémoire :

mardi 24 juin 2008

Suicidez-vous, le peuple est mort.



Suicide – « Suicide » (1977, Red Star)

Le premier album de Suicide est un cri qui déchire la nuit new-yorkaise, un bourdonnement séditieux totalement inédit qui a marqué la psyché punk et certains des trublions électroniques les plus rageurs. 30 ans après, la force de ces dix morceaux demeure, qui amènent l’auditeur dans des ruelles où la pénombre dissimule de bien étranges scènes. On a souvent parlé d’avant-garde et de sophistication à propos de ce chant de la machine trash mais « Suicide » est en réalité un blues urbain, suite de vignettes très crues qui laissent exangue. « Frankie Teardrop » raconte sur 10 minutes l’histoire de Frankie, un chômeur aux abois qui exécute sa famille avant de se flinguer. Le bourdonnement pulsé par Martin Rev sur ses machines de récup’ tourne à la transe macabre. Alan Vega gémit, hurle et les chiens avec, c’est New York dans son jus et ses artères, dans la lignée du « Metal Music Machine » de Lou Reed.

Ce premier album reprend des morceaux qu’Alan Vega (Duchamp du caniveau qui fait dans la sculpture de lumière) et Martin Rev (bricoleur impavide aux grosses lunettes de ski), rôdent sur scène depuis 1974 en tentant d’échapper aux débris que lui balance un public pourtant punk. Vega dévide vaille que vaille ses histoires de motard fantôme (« Ghost Rider ») ou de bombe nucléaire frappant les Etats-Unis (« Rocket USA ») et crée le malaise. Le boogie malade de Suicide s’éclaircit pourtant sur le dernier morceau, « Keep Your Dreams », qui préfigure des sonorités électro maintenant bien connues, en conclusion d’un album aux allures de mouton noir punk.

dimanche 22 juin 2008

Vitesse d’escargeek.



Lu dans Libé hier (merci à Paris Qui Dort).

Prendre l’expression snail mail (“courrier d’escargot”, expression anglaise pour désigner le courrier postal en opposition au courrier électronique) au pied de la lettre, il fallait oser... Paul Smith et Vicky Isley l’ont fait, en confiant l’acheminement d’e-mails à des escargots. De vrais escargots. L’expérience est un éloge de la lenteur, pour ces deux artistes-chercheurs britanniques de l’université de Bournemouth qui se désolent de la société actuelle qui ne sait plus prendre son temps : « Une des promesses de la technologie concerne la vitesse, l’accélération, il faut plus de tout en moins de temps. Culturellement, nous sommes obsédés par l’immédiateté. On ne prend pas son temps, on le compresse jusqu’à le faire exploser ». Smith espère que l’expérience permettra de « changer, juste pour un moment, la façon dont nous appréhendons la communication pour nous permettre d’explorer la notion du temps ».

Les trois escargots embauchés pour l’expérience sont devenus les agents spéciaux 001, 002 et 003 après la greffe d’une petite capsule de verre contenant une puce électronique et une antenne dans leur coquille.

En passant près (à moins de 3 centimètres) d’une petite borne radio placée dans leur aquarium, le courrier en attente est automatiquement transmis à la sacoche électronique du facteur, qui commence sa tournée sans même s’en rendre compte. Lorsque l’escargot croise la seconde borne au hasard de ses flâneries gluantes, un jour, une semaine ou un mois plus tard, les e-mails repassent dans le circuit « classique » qui les acheminera dans la boîte électronique du destinataire.

Le projet “Real Snail Mail” sera présenté en août 2008 à la conférence informatique Siggraph à Los Angeles, dans la catégorie “Slow Art”. En attendant, l’équipe de Boredom Research a ouvert un site sur lequel tous les internautes peuvent tester le service postal rampant... Vicky Isley espère que « d’ici le mois d’août, les gens auront déjà envoyé un grand nombre d’e-mails à nos escargots. Et, qui sait, peut-être que quelques uns auront vraiment été reçus... ». Ce qui n’est pas gagné d’avance. Isley se dit très fière de l’agent 002, qui a déjà délivré 10 messages avec une moyenne de 2 jours seulement : « C’est un escargot super-puissant, il se débrouille très bien. Il est plutôt gros, et c’est toujours le premier à se jeter sur la nourriture ». En revanche, ce fainéant de 003 n’a réussi à délivrer aucun e-mail jusqu’ici, et cherche encore désespérément la seconde borne.

dimanche 15 juin 2008

En juin fais-toi du bien.


http://www.zshare.net/download/1366918124086872/

01- Free Kitten - Elected Girl
02- Erik Satie - Gnossienne #4
03- Four Tet - Ringer
04- The Chap - Fun and Interesting
05- White Noise - My Game of Loving
06- Fleet Foxes - White Winter Hymnal
07- The Verlaines - Death & Maiden
08- Wire - The 15th
09- Claude Nougaro - Serge et Nathalie
10 - David Pajo - Let It Be Me
11- Robert Wyatt - Heaps of Shleeps
12- Discodeine - Homo Compatible

Fire !

Concert génial hier d'Arthur Brown, qui a réussi l'exploit de faire oublier la calamiteuse prestation de White Noise en début de soirée (les branchés étaient là, ils sont repartis la queue entre les jambes). Brown, donc, en pleine forme mais tout coincé sur cette scène riquiqui, qui avait du mal à faire ce qu'il adore : n'importe quoi. Le maestro du rock-funk-cul-pré glam s'est bien entouré, notamment d'une petite nana enthousiaste aux claviers et d'un excellent (comprendre sobre et incisif) guitariste chapeauté. Une heure de show à toute berzingue : Fire !


samedi 14 juin 2008

mercredi 11 juin 2008

Playlist juin.

Fleet Foxes - "Fleet Foxes".
Robert Henke - "Plankton".
Discodeine - "Joystick" (Tomboy remix).
The Chap - "Mega Breakfast".
Andrew Weatherall au Social Club - Mix Get The Curse.
Ricardo Villalobos - "Enfants" EP.
Fuck Buttons - "Street Horrrsing".
Neil Young - "Decade".
Why ? - "Alopecia"
Boards of Canada - Live at ATP.
Matmos - "Supreme Balloon".
Kill The Dj bonus (Ivan Smagghe v Manu le Malin).
Two Lord Swordsmen - "The Double Gone Chapel".
George Demure - Mix Allez allez.

Nuits de Fume 2.


jeudi 5 juin 2008

Then you drink two beers.

Lu dans The Guardian du jour.

Just one more to calm the nerves ...

Classical musicians are not paragons of virtue - but are recent tales of drink and drug abuse in the pit realistic, asks oboeist Blair Tindall

Professional classical musicians are a glamorous, vulnerable and largely voiceless population. They sweep on stage in black tie and gowns, then quietly go home; often, we know almost nothing about their lives outside their performance. But this week a lesser known aspect of those seemingly decorous lives has come to light, after a horn player for Simon Rattle's Berlin Philharmonic admitted to drinking before performances to calm his nerves. "You go for tranquilisers or beer," Klaus Wallendorf told a documentary film-maker. "With me it was beer. Then you drink two beers and it goes smoothly so you think you should do it all the time." The revelation has prompted further admissions, and German tenor Roland Wagenführer expressed concerns about drug abuse in the opera world. So does classical music have a drink-and-drugs problem?

Let's start with full disclosure. I am a professional musician - an oboeist - and have performed with four major orchestras in the US, including the New York Philharmonic. Like many people my age (I'm 48), I've tried marijuana and Valium in the past. Today, I drink alcohol on a social basis, as well as beta blockers, which are prescribed by my doctor, and which I take for performance anxiety once or twice a year.

That's not so shocking, is it? Despite my musical accomplishments, I am a normal person who addresses various challenges like anyone else. Yet some would label me a troubled substance abuser, and say that classical musicians are trying to one-up Amy Winehouse.

First, let's dissect the effect of various drugs, and consider why classical musicians would want to take them. Alcohol, tranquilisers, marijuana, and beta blockers have dramatically different applications and effects, many of which are undesirable for musicians. Musicians are not exempt from alcoholism, and it affects performance in a negative way. Classical musicians rely on minute technique and quick response time; alcohol only dampens these skills, and although initially it might ameliorate stage fright, once on stage, drunkenness only amplifies terror. The violinist Nigel Kennedy may have a reputation as a hellraiser, but even he says he would only smoke or drink after a concert - never before. "Performing under the influence of alcohol or dope would be cheating the audience," he told Focus magazine in Germany last month. I have seen, on rare occasions, musicians drinking pre-concert, and it never works out well.

Cocaine is a drug only the most successful musicians use - because it's expensive. (Newsflash: working-class musicians don't earn big.) In small amounts, cocaine does seem to enhance confidence, which, depending on how much preparation you've put in, could be a good thing - or highly embarrassing when it comes to reading the reviews the next morning. I do know musicians who use it while performing, but they are a tiny minority.

Tranquilisers like Valium have similar consequences to alcohol: they compromise technique and response time. Still, some people are prescribed these drugs for medical reasons, so it's difficult to separate the "abusers" from the legitimate patients.

Few people use marijuana these days. In general, musicians want and need to be mentally acute. Pot doesn't fit the bill. Furthermore, one of the drug's main symptoms is paranoia, which doesn't go well with stage fright.

Finally we come to beta blockers, a class of heart medications that treat blood pressure, angina and migranes. Since a 1965 Lancet article explored their use for stage fright, they've also been widely prescribed for musicians, public speakers, and even surgeons who must steady their hands.

Beta blockers are not recreational drugs. They do not affect cognitive abilities, but instead block adrenaline-like chemicals in the human system. For a violinist, this means performance can feel like practice, with no bouncing bow or slippery fingers.

An article in the Times yesterday reported that there is a "black market" for beta blockers among classical musicians. But these are legal drugs - taken for medical reasons by as many as 10% of the world's (and therefore any orchestra's) population; they are routinely prescribed for stage fright.

As a teenager, I suffered debilitating stage fright. When I went to college, I asked the conducting staff to assign me to pit orchestras, instead of onstage groups. And so I asked my doctor for a prescription for beta blockers.

On the subway in New York in 1986, I took my first dose of Inderal, a beta blocker, some 45 minutes before an audition. It seemed miraculous. Although I still felt nervous, my hands didn't shake as usual, I wasn't gasping for air and my mind remained clear. I played exactly as I had meticulously prepared to do. I won the job, and went on to play a Carnegie Hall debut recital, record a Grammy-nominated CD, and hold a solo position with four major Broadway productions.

Beta blockers are not a class of drug that's subject to abuse. No one would want to overdose: I once took too much (which I later learned was only a quarter of my elderly mother's daily prescription) and the boring performance that ensued made me commit to smaller doses from then on.

It always seems surprising to audiences that classical musicians are like any other cross section of society - subject to the same joys, sorrows, and misbehaviour. Yes, some musicians are alcoholics. Some are stoners, who stumble through life on pot, middling about on the worst possible gigs, ones that barely support them. Some lose everything in the wake of cocaine and crack abuse.

I knew a beautiful blonde cellist in New York in the 1980s, who was married, owned a gorgeous apartment overlooking Central Park, and landed a chair in Phantom of the Opera, which is playing two decades later. Yet she surrendered to cocaine, and then crack. She died three years ago after battling Aids for a decade, leaving behind a young son. She was a stellar musician, but also an ordinary human being with demons like anyone else.

Three years ago, I published a book about drugs and classical music, Mozart in the Jungle. On my book tour, a journalist asked me to clarify why "musicians are more noble than other people". Where did he get such an idea? Although most of us don't end up in dire circumstances, we, like anyone else, are just people. We're tempted. We say yes or no to drugs. But, because of our discipline, we most often say no: drugs and impairment are not worth risking a lifetime of practice.

mercredi 4 juin 2008

Judas.

Trois souvenirs d'une virée l'été dernier sur l'Ile de Vassivière, au fin fond du Limousin, pour l'expo Cyprien Gaillard. Je m'étais amusé à me perdre, en prenant tout mon temps, dans les couloirs de la petite maison bourgeoise (pompeusement nommée château) qui abritait une partie de cette expo et le Palais (allons-y !) de Tokyo délocalisé. Trois judas, trois visions de ce petit monde, trois myopies volontaires qui font apparaître certains petits détails et réactivent un regard de biais sur les choses. L'obstacle crée la poésie.



dimanche 1 juin 2008

Lightnin' Hopkins : love in color.

J'ai visionné cette semaine un document assez rare qui sera projeté la semaine prochaine dans le cadre du festival Filmer la musique (j'ai d'ailleurs rencontré les deux programmateurs, Olivier et Eric, deux membres du collectif MU, à l'enthousiasme communicatif, cf poptronics.fr mardi). Le film s'appelle The Blues According to Lightnin' Hopkins, dure une petite demi-heure et fut réalisé en 1967 par un certain Les Blank, vraisemblablement en 16mm si l'on en juge ce grain et cette couleur, très texturée. Incroyable l'effet que m'a procuré cette immersion dans le Texas de la fin des années 60, et surtout cette première scène où Hopkins et des potes jouent en pleine nature, dans leur jus et comme si leur vie en dépendait. Quand on naît fan d'indie-pop, des Smiths voire de Sonic Youth, le chemin est long pour apprécier à leur juste valeur le son et l'âme du blues. Non que j'en écoute en permanence maintenant (il m'arrive de mettre une compilation Chess Records de temps en temps, surtout l'épisode consacré aux chanteuses, ou ce bon vieux Big Bill Bronzy, dont la truculence balaie toutes les prévenances possibles au sujet du blues, que certains croient figé dans le désespoir et le chant du Diable !) mais ce document est un précipité de ce qu'est le blues : d'abord et surtout un chant communautaire, un lien social qui unit dans un même moment les jeunes et les vieux, les riches et les pauvres, dans un respect et une écoute mutuels. Hopkins apparaît dans ce film tel qu'en lui-même, rablé, hâve, pochtron, fendard (son anecdote sur le flic qui lui demande pourquoi sa voiture est embourbée, à cause d'un énorme cochon, est à se tordre), habité par ses chansons. Certains plans resteront lontemps gravés dans ma mémoire, tel celui de deux gamines de 10 ans dansant très sérieusement une sorte de rock syncopé mêlé de ... tecktonik avant l'heure, ou ceux de ces deux nanas de vingt ans lookées cow-boy, pantalon moulant blanc, très conscientes de leurs effets, et qui esquissent au ralenti une danse du bassin très sensuelle. Bref, ce film est une petite merveille, il sera projeté le dimanche 8 à 12h30 au Point FMR. A ne pas râter non plus ce court métrage totalement "free" qui voit Don Cherry se battre en duel avec les gargouilles de Notre Dame ou jouer de la flûte face aux sarcophages du Louvre (le 8 à 14h) ou ce très doux documentaire sur le clubbing à Berlin (Feiern), qui donne immédiatement envie de s'expatrier, tant la scène électronique berlinoise a de choses à nous apprendre (le 6 à 14h).

Extrait :

mercredi 28 mai 2008

Shoot'em up.



J'ai un peu renoncé à compter le nombre de concerts où mes modestes activités de plumitif (plus que critique, on reviendra un jour sur cette différence essentielle à mes yeux) m'amènent depuis maintenant une année. J'adore la musique au moment de son incarnation physique, de cette plongée dans le son, mais j'ai parfois le sentiment étrange (dont je tente de me débarrasser aussi sec) d'être le chef de gare blasé qui voit défiler les groupes, l'énième sensation du moment, de la semaine, du mois, de l'année, les bons et les beaucoup moins bons, qui joue à l'Ecole des Fans avec des pancartes à note planquées dans le dos. J'ai connu quelques phases de débranchage, mais l'amour du challenge, pour citer Raymond Domenech ou Midi Olympique, me pousse encore et toujours à m'extirper de ma bulle pour refaire un saut dans le circuit rock de Paris.

Ce préambule maladroit j'en conviens pour raconter la chose suivante (jingle anecdote siouplaît) : j'aperçois à chaque fois, ça ne loupe jamais, un escogriffe invariablement looké treillis noir + verres fumés + cheveux longs crépus rasés sur le devant, ce qui lui donnerait des airs de barbouze (maigre), ne serait-ce l'énorme boîtier qu'il a en main. Cet homme appartient à l'espèce des photographes rock. Je me souviens d'avoir cherché et trouvé son nom et donc sa page Myspace, il se présente comme développeur informatique dans le civil et photographe par passion, maniant l'argentique comme d'autres leur viatique, shootant éternellement la même grimace, la même posture, les mêmes ombres, la même manière de tenir le micro, les mêmes expressions rock, donc.

Pour l'avoir croisé également dans des concerts moins avouables où je passais par hasard, j'en ai déduit que ce personnage nocturne, toujours discret et prompt à bondir comme un chat post-gothique pour saisir L'instant, Le moment, La fraction de seconde décisive, avait paradoxalement renoncé à la musique pour concentrer toutes ses forces sur la peau et les yeux des musiciens. Cet homme, voyez-vous, est en quête de L'esprit rock, et c'est assez émouvant (ou d'un ridicule achevé, c'est selon), de vérifier cette foi indéboulonnable chez certains qui sacrifieraient tout pour Lui.

Je me souviens maintenant de son nom, mais je le tairai ici, laissant le soin aux hypothétiques lecteurs de ce billet de chercher la silhouette longiligne de ce mystérieux photographe.